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Pan dans la gueule ou quand la gestion de la chasse va encore échapper un peu plus au chasseur

Dans mon post précédent sur les prix d'indemnisation des denrées agricoles, j'ai fait référence à un décret d'application du 23 décembre 2013, concernant l'indemnisation des dégâts. Notre chasseur local, même s'il a souvent du mal avec les textes, voire une aversion à tout ce qui réglemente son action, à juste titre dans certains cas, ne peut toutefois les ignorer. Or dans ce décret, certaines mesures vont resserrer l'étau qui petit à petit lui serre la gorge.

Ce décret prévoit ainsi que dorénavant les organisations syndicales seront représentées à parité avec les représentants des chasseurs au sein de la Commission départementale de la chasse et de la faune sauvage (CDCFS).

Autant dire que nos instances vont se retrouver à l'avenir bien isolées dans la commission, entre les associations de défense de la nature et les syndicats agricoles, d'autant plus que le politique confie en outre aux CDCFS, en vertu de l'article R.435-31, "le soin de proposer aux préfets des mesures de prévention des dégâts, via des modes de gestion ou de régulations appropriées" .

En clair, selon cet article, en fonction des résultats de chasse et des situations de dégâts d'un département, "La commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, peut proposer au préfet la mise en œuvre à l'intérieur de ces territoires des mesures spécifiques de gestion, notamment :
― l'augmentation des prélèvements de gibier à l'origine des dégâts ;
― l'interdiction ou la restriction de l'agrainage ;
― l'interdiction de consignes restrictives de tir du gibier à l'origine des dégâts ;
― l'obligation de prélèvement de sangliers femelles ;
― le classement du sanglier comme espèce nuisible en application de l'article L. 427-8 ;
― la mise en œuvre de battues administratives prévues à l'article L. 427-6 ;
― la définition d'un nombre minimum de journées de chasse par saison de chasse et par territoire ;
― la définition d'un nombre de prélèvements de gibier à l'origine des dégâts par journée de chasse et par territoire ;
― la mise en œuvre de tout autre moyen de régulation des populations de gibiers à l'origine des d
égâts lorsqu'il n'est pas possible d'effectuer cette régulation par des actions de chasse supplémentaires. »

Il ne faut pas se leurrer. La gestion des territoires ne va plus se faire à partir du gibier, mais des dégâts qu'il peut occasionner.

Je ne suis pas certain que tous nos "gestionnaires" de la forêt soient conscients de la réalité ou du moins suffisamment convaincus qu'ils ont perdu la partie qui plus est de par leur faute.

Au bout du compte, tout cela n'est que la conséquence d'un fonctionnement qui a royalement ignoré pendant des années les textes, y compris les siens (cf le schéma cynégétique) et les mises en garde de l'administration. A force de jouer les "trois petits singes" , de céder au clientélisme, de refuser toute expression contradictoire, de privilégier les formules de financement des dégâts de sangliers les plus favorables à leurs tenants au lieu de gérer les densités et de responsabiliser les excès, la fin d'un système va être sifflé, sans pour autant que les responsables de ce dernier se sentent coupables.

Il suffit de regarder le tollé qu'a encore suscité la mise sous battues administratives jusque fin décembre dernier de 21 groupes de chasse sur les 45 ciblés en juin. "C'est un scandale, une honte, d'intervenir "manu militari" en pleine saison de battues, n'a-t-on entendu sur "radio-chasse".

La justification est pourtant clairement écrite et exprimée. Il suffit de se référer aux attendus de l'arrêté préfectoral :

"considérant que seule une petite minorité (5%) de locataires de chasse cumule actuellement la moitié des dégâts constatés à ce jour,

considérant, d'une part l'inefficacité des mesures prises par les locataires de chasse pour diminuer les dégâts et la population de sangliers, malgré la notification d'un courrier de mise en demeure en date du 25 juillet 2013 leur demandant de procéder sans délai à des actions de réduction massive de cette espèce en application de l'article 5 de la loi du 7 mai 1883 sur la police de la chasse,

considérant, d'autre part l'absence de réponse à ce courrier de la part de certains locataires de chasse ou d'engagements concrets de leur part pour mener des opérations destinées à diminuer efficacement et durablement les dégâts et leurs populations de sangliers ".

On ne peut impunément "pointer un doigt de la main vers le haut" pendant des années sans s'attendre qu'à un moment la roue finisse par tourner. Depuis le début des années 2000, des avertissements ont été lancés en externe et des annonces de "tsunami" ont été faites en interne. Rien n'a cependant été fait pour garder la main de la gestion de la faune sauvage, à cause de la "manne sanglier", financée par toute la communauté au profit d'une minorité. 2008 a été l'erreur de trop, en prenant les chasses de plaine sans surfaces boisées en otage du financement des dégâts de sangliers.

Aujourd'hui, la chasse-loisirs ou de tir va faire plonger notre chasse initiale de gestion et de sauvegarde. Le pire c'est peut être que dans ce déclin, bon nombre des "partenaires" de notre chasse locale seront déjà partis ailleurs, vers d'autres terrains de jeux, nous laissant financièrement "exsangues" au pire ou seuls pour espérer une hypothétique "renaissance".

Pan dans la gueule ou quand la gestion de la chasse va encore échapper un peu plus au chasseur
Tag(s) : #Billet d'humeur, #Faune-Nature-Ecologie et Chasse

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