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Quand le grand hamster sème la zizanie dans le rêve du Hamsterland

C'est extraordinaire de voir les arguments avancés par les uns et les autres sur la sauvegarde du grand hamster d'Alsace. Vraiment un cas d'école à soumettre aux stagiaires de l'ENA pour "apprendre le métier" de haut fonctionnaire, de futur politicard, de syndicaliste ou de dirigeant d'ONG. Tout cela manque de sérieux, serait même drôle si c'était gratuit ou s'arrêtait à de simples joutes oratoires entre opposants. Mais c'est que cela coûte un max pour une cause perdue d'avance pour un animal "importé" des steppes d'Asie et qui aujourd'hui serait considéré comme espèce non indigène et donc à détruire comme l'oie d'Egypte par exemple.

Que le rêve de "Hamsterland" soit sans doute une arnaque, cf mon post du 26 août 2013 http://www.veillecynegetique67.com/faut-il-encore-ajouter-autre-chose-sur-l-arnaque-de-la-r%C3%A9introduction-du-grand-hamster et qu'il y a mieux à faire ne dérange visiblement personne, pourvu que chaque partie ait un bon fonds de commerce entre les mains.

Alors tous les arguments sont bons et permettent de dire n'importe quoi au nom de l'emploi ou du développement économique, du renard et de son tir de nuit ou des bios-indicateurs. Quoique, si je verse dans le camp de la démagogie, il faut aussi relever que ce "cher" hamster a du bon pour s'opposer à la construction du GCO ou à la monoculture du maïs, mais peu importe l'essentiel pour Paris c'est qu'il faut parvenir à éviter la "prune" de 17 millions d'euros de Bruxelles.

En réalité, s'il faut retenir une chose sensée de tout ce charivari et elle nous vient du camp des défenseurs du hamster, c'est que sans nourriture et refuges, pas d'animaux sauvages (le blog est rempli d'articles à ce sujet).

Alors ce ne sont pas 9.000 ha qu'il faudrait sanctuariser pour la faune sauvage, mais toute la plaine d'Alsace.

Nous n'avons pas besoin du hamster comme bio-indicateur, la perdrix grise ou le lièvre, espèces réellement autochtones le sont encore davantage, mais voilà il s'agit d'espèces chassables, donc pas question de faire le lit des chasseurs, pourtant de plus en plus "écos-responsables". et seuls investis sur fonds propres dans la sauvegarde des biotopes.

Si la volonté de tous est de revenir vers "une Région autrefois décrite dans les précis de chasse comme une terre giboyeuse", comme le dit Stéphane Giraud, le Directeur d'Alsace Nature, alors il faut sortir de la guéguerre, du sectarisme, du jusqu'au boutisme qui veut la victoire d'un camp sur l'autre avec au passage l'arrêt de la chasse, la protection absolue du renard, du blaireau, des rapaces (cf le lien sur les prédateurs du hamster).

L'angélisme est l'ennemi du réalisme et du sens pratique. Rétablir des biotopes à grands renforts d'argent, via des dérogations et des compensations oui, faire croire au "petit peuple" que la trame verte ou bleue permet de réduire l'impact écologique ou environnemental du développement urbain, routier, économique à tout va, est cependant un scandale. C'est juste un "permis à détruire mieux" en se donnant bonne conscience, en faisant croire qu'on agit pour la nature.

Prendre des mesures pour une espèce est un début et mieux que rien, mais c'est, comme le dit justement Alsace Nature, par la transversalité qu'on arrivera à un résultat. Aujourd'hui, la plaine d'Alsace n'a plus assez de petits animaux sauvages pour espérer leur survie, (cela va du passereau au lièvre). Dans ce sens toutes les mesures progressivement introduites pour une protection intégrale des prédateurs, comme par exemple une des dernières concernant les chats harets, n'a fait que renforcer le déclin de la biodiversité, déjà accéléré par l'agriculture intensive et les réseaux routiers. Du temps de la corne d'abondance du gibier dont j'ai souvent parlé, les prédateurs mamifères ou ailés étaient beaucoup plus nombreux qu'aujourd'hui. Et pourtant l'arsenal de destruction de "nuisibles" était quasiment sans limites. Mais chaque "filière" se portait bien. Aujourd'hui, malgré une réglementation à tout va le désert s'installe pour tous.

C'est donc avant tout un choix de société qu'il est demandé de faire. Sanctuariser certains pans de la nature au titre du patrimoine de l'UNESCO, de projets LIFE, de parcs nationaux-régionaux ou autres subterfuges pour compenser la soif d'expansionisme du béton et de l'argent sous couvert de besoins de croissance pour faire vivre et travailler "le "petit peuple" ou décider "ensemble que la terre est un petit jardin" comme l'a dit Gilles Clément.

C'est dans la juste mesure que se trouve la réponse à notre avenir. Tout le monde est donc concerné, bien avant nos "institutions" qui décident pour nous. Que suis-je prêt à changer dans mon mode de vie ? C'est par l'action individuelle, comme les rus font les grands fleuves, que passe l'avenir de la planète et de ses composantes de la chaîne de vie ou plutôt aujourd'hui sur-vie.

Excès de pessimisme, je ne crois pas une seconde à la volonté générale de l'être humain à se remettre en cause et à accepter des changements profonds dans ses habitudes. Tout le monde veut des réformes, que "ça" change". Mais concrètement, une fois le "ça", identifié et défini plus personne n'en veut, si "ça" le concerne.

Un exemple. Les productions d'électricité et de carburants qu'elles soient fossiles, agricoles ou autres dites écologiques sont deux énormes fléaux qui pourrissent notre planète. Des milliers d'hectares sont pris pour produire de la matière première pour fabriquer de l'énergie et du combustible auto, pas pour nourrir l'homme. Il fut un temps ou la prairie produisait un éco-système avec des fleurs, des insectes, des nids. Il fut un temps où le bétail se nourrissait d'herbe et non d'ensilage protéiné par l'industrie agro-alimentaire pour en faire des usines à lait. Aujourd'hui ces mêmes terres sont destinées à produire du bio-gaz, de l'huile, du combustible pour faire tourner les moteurs pollués des camions et des voitures, pour alimenter les batteries des smartphones, tablettes, objets connectés et autres supports de jeux dont personne ne veut se passer.

Mais voilà, qui est prêt à réduire sa consommation énergétique pour donner très loin en amont une chance au grand hamster ? Qui est prêt à vivre avec moins d'éclairage dans les villes et grandes mégalopoles, certainement pas les urbains et les accrocs de la vie noctambule et certainement pas en pensant à la perdrix grise ou à la vache en stabulation ?

Il serait vraiment judicieux de se rappeler quelques anciens plein de bon sens :

« De même que nous n’avons rien apporté dans ce monde, nous ne pourrons rien emporter. Si nous avons de quoi manger et nous habiller, sachons nous en contenter. Ceux qui veulent s’enrichir tombent dans le piège de la tentation ; ils se laissent prendre par une foule de désirs absurdes et dangereux, qui précipitent les gens dans la ruine et la perdition. Car la racine de tous les maux, c’est l’amour de l’argent ». Keynes

"La nature vierge est une ressource qui peut diminuer mais non s'accroître. Il s'en suit que tout programme en faveur de la nature sauvage est un combat d'arrière garde." Aldo Leopold 1935

Tag(s) : #Billet d'humeur

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