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Ce jour démarre l'enquête publique sur les mesures environnementales du Grand contournement autoroutier de Strasbourg. Encore un "beau pipeau", puisque l'Etat a déjà donné son feu vert à Vinci & co avec un Ministre en charge de l'environnement qui a oublié les engagements antérieurs de Nicolas Sarkozy pris lors de la clôture du Grenelle de l'environnement en décembre 2007. Mais bon, j'y suis tout de même allé ce matin rendre ma copie à la Commissaire enquêtrice en charge de rendre son avis, histoire de soulever dans une dernière synthèse, les aberrations du projet :

Madame la Commissaire enquêtrice,

"Cette première observation va sans doute se retrouver tout au long de votre enquête : à quoi bon solliciter l'expression citoyenne sur l'impact environnemental des mesures prises ou décrites par le gestionnaire du futur GCO, ARCOS, alors que le projet a déjà obtenu le « feu vert » de l’État ? Mais bon, en « mettant la charrue devant les bœufs », l'important est que le projet reste juridiquement « inattaquable », tant pour l’État que pour le concessionnaire de l'autoroute. Par cette formalité administrative de dupe, ce sera bientôt chose faite, ni vous, ni moi n'ayant les moyens d'arrêter le train "en marche", même en cette période de grève de la SNCF.... Logiquement, si j'étais conséquent, je ne devrais donc aller plus loin dans ma perte de temps et rester comme la majorité de la population concernée tranquillement chez moi devant la télévision. Mais, je reste accroché aux « causes perdues » et plus encore aux « réfugiés » d'un nouveau type que sont la nature, la faune, la flore, dans notre société vouée notamment au culte du bâtiment, source de croissance, richesse et bonheur, ("quand le bâtiment va, tout va"). Je refuse également que les générations futures puissent nous reprocher un jour d'être restés passifs et d'avoir fait partie de ce que Vladimir Poutine appelle ces « idiots utiles » qui permettent aux pouvoirs de faire comme bon leur semble : « 20 % de discours, promesses et rêves, 80 % de réalité cachée = 100 % de pigeons ».

Enfin, je suis et reste un utopiste, à l'image de Dale Carnegie pour qui « la plupart des choses importantes de ce monde ont été accomplies par des gens qui ont continué à essayer quand tout semblait perdu »…

                  Cette introduction faite, je vais appuyer ma deuxième observation pour entrer dans le vif du sujet, sur Victor Hugo qui a dit que « c'est une triste chose de songer que la nature parle et le genre humain n'écoute pas ». Pourtant, tous les espoirs semblaient permis lorsqu'en 2007, la France a entendu le discours de son Président de la République d'alors, prononcé lors de la clôture du Grenelle de l'Environnement au sujet de l'engagement de l'Etat en matière de transport et d'environnement : « il faut avoir le courage de reconnaître que nous ne pouvons plus définir des politiques en ignorant le défi climatique, en ignorant que nous détruisons les conditions de notre survie. Premier principe : tous les grands projets publics, toutes les décisions publiques seront désormais arbitrées en intégrant leur coût pour le climat, leur « coût en carbone ». Toutes les décisions publiques seront arbitrées en intégrant leur coût pour la biodiversité. Très clairement, un projet dont le coût environnemental est trop lourd sera refusé. Deuxième principe, nous allons renverser la charge de la preuve. Ce ne sera plus aux solutions écologiques de prouver leur intérêt. Ce sera aux projets non écologiques de prouver qu’il n’était pas possible de faire autrement. Les décisions dites non écologiques devront être motivées et justifiées comme ultime et dernier recours. C’est une révolution dans la méthode de gouvernance de notre pays totale et nous allons appliquer immédiatement ce principe à la politique des transports. Le Grenelle propose une rupture et bien, je propose de la faire mienne. La priorité ne sera plus au rattrapage routier mais au rattrapage des autres modes de transports.

Aujourd'hui, je ne poserai qu'une seule question ? Que vaut cette parole d’État, cette condition préalable à la validation ou non d'un projet routier ? Tout le monde s’assoit dessus. C'est d'autant plus incompréhensible que le GCO ou COS est incapable de faire la preuve que c'est la réponse aux problèmes de transport et flux routiers pour Strasbourg ou qu'en matière de coût supporté par la biodiversité et l'environnement c'est le prix à payer. Même le Maire de Strasbourg, avant son revirement de 2014, était d'avis contraire en affirmant à propos du projet d'autoroute « on est à l’envers du développement durable ».

                   La troisième observation repose sur l'inadéquation entre les convictions politiques d'une époque en matière de déplacements et transports, l'absence de perceptions réelles des atteintes à l'environnement et la pertinence et faisabilité du projet aujourd'hui. Le GCO est un projet des années 70, une époque où le réchauffement climatique, la régression, voire disparition de la biodiversité locale, la perte de terres arables nourricières ne sont pas un sujet de devenir sociétal. C'est l'époque aussi où les villages ne se sont pas encore densifiés, comme aujourd'hui, à l'exemple de Vendenheim alors appelé à devenir agglomération dortoir pour la CUS de l'époque. Bref, il y a 45 ans de cela, la conscience écologique était sans voix face à la volonté politique de développer la circulation automobile et les axes de transport par camions sur choix industriels et économiques de la production à flux tendu.

Aujourd'hui, détruire 280 ha de terres avec ce qui vit dessous et dessus, construire des « couloirs à camions » pour reprendre l'expression de Robert Herrman, avec les impacts négatifs qui pèsent sur l'environnement et la santé, va à l'encontre des décisions nationales et internationales. Les accords de Grenelle, c'est 33 ans après l'émergence du GCO...  Dans ce contexte nouveau, ce projet de contournement est donc tout simplement une aberration totale car l’État va détruire biodiversité et paysages typiques de notre région, amplifier les nuisances environnementales et sonores, en plus sans répondre à l'objectif du projet : fluidifier le trafic pendulaire vers et autour de Strasbourg

Contourner un lieu signifie l'éviter. Or le trafic et les engorgements sont du fait de la seule nécessité des populations de la petite et grande couronne de Strasbourg de venir et partir de la capitale de l'Europe. Par voie de conséquence, la seule intelligence demande qu'un projet qui n'apporte sa solution (4 % de trafic en moins) soit abandonné, qui plus est, lorsque le coût est total pour la biodiversité et l'environnement.

Mihail Eminescu, grand poète roumain disait : « ce n'est pas les explications qui font la vérité, mais les faits eux mêmes ». A quoi sert-il de promulguer des textes de lois interdisant l'atteinte aux espèces et habitats protégés, s'il est possible à la fois et en même temps d'y déroger par de simples demandes d'autorisation ?

Artificialiser la nature, c'est forcément détruire, assécher, détourner des cheminements souterrains d'eau, fragiliser les équilibres dits naturels, ôter tout simplement la vie aux endroits et alentours où les constructeurs vont intervenir. Ce sont des faits.

imaginez sur le papier des mesures de « délocalisation » d'habitats, reste un simple exercice de style pour rester en conformité avec les obligations légales. Compenser, recréer ailleurs, c'est vouloir créer ailleurs artificiellement des milieux naturels en estimant que ce qui a été détruit et tué se reconstituera ailleurs par l'injection d'argent.

Autant il est aisé pour l'homme de transplanter des populations entières d'un endroit à un autre par simple déménagement, autant il est « faux cul » de prétendre pouvoir « déménager » un habitat, un patrimoine génétique d'un endroit à un autre. Qui plus est à l'endroit où habitats et biodiversités ont été irrémédiablement détruits seront substitués bruits, nuisances, artificialisation des terres, et autres joyeusetés qu'apporteront, bétons, bitumes, véhicules, activités humaines périphériques.

« Quel animal serait assez idiot pour épuiser les ressources dont il a besoin pour survivre ? » Il n'y a que « l'animal humain », du fait de l'omnipotence qu'il se donne, soit de donner la vie ou la mort.

             La quatrième observation s'appuie sur une citation d'Aldo Leopold, grand visionnaire américain, datant de 1935...: « La nature vierge est une ressource qui peut diminuer mais non s’accroître.

Vinci et son bras armé ARCOS justifient les déprises de terres, la destruction des milieux, de la faune et de la flore par les mesures compensatoires précitées. Au passage, ils s'appuient, mieux exploitent honteusement la réintroduction du Grand hamster, classée "cause perdue" depuis longtemps, sauf à lui créer un parc agricole départemental de sauvegarde, ce que l'Alsace agricole ne peut économiquement supporter !…

Depuis que Vinci a les garanties que le projet se fera, le constructeur est en chasse, chéquier en main, de tous types de terrains à aménager, l'ha non exploitable économiquement étant rare dans le Bas-Rhin. Cette quête à tout prix et par tout moyen s'est encore accélérée depuis que « le bluff » du projet d'aménagement de la base aérienne d'Entzheim et notamment de réimplantation du hamster a explosé. Ainsi à titre d'exemple, Vinci va financer au profit du FARB (Fonds Alsacien pour la Restauration des Biotopes) une réhabilitation de l'ancien dépôt d'ordures de DORLISHEIM qui si la commune avait dû la financer aurait coûté 30.000€ uniquement en dépollution. Dorlisheim ne fait partie des 22 communes impactées par le GCO, pourtant ce projet entrera dans le cadre des compensations « écologiques », objet de l'enquête publique pour rendre l'autoroute éco-responsable et conforme aux textes.

Sauf à être « idiot utile » ou vénal, les deux allant souvent de paire, qui peut croire un seul instant que l'habitat particulier du Grittwald et ses composantes faune/flore tireront profit de ce « deal » purement opportuniste ? Comment une déchetterie réaménagée artificiellement en zone « nature » peut-elle remplacer ce qui a été détruit et tué, compenser la perte d'un patrimoine faunique et floral, d'un environnement, d'un paysage, de conditions climatiques, de CO2 situé à 36 kms de là ? Quand de surcroît, cette diminution de nature est remplacée par du béton, un viaduc, des nuisances sonores etc, l'imposture est encore plus déplorable.

Peu importe les millions lâchés par le concessionnaire, son projet va piller la nature et non l'accroître comme on veut le faire croire par des compensations.

           L'irresponsabilité, c'est l'incapacité pathologique d'assumer les conséquences de ses actes ou de reconnaître qu'on peut avoir tort. L'art de Vinci a consisté à amener petit à petit les décideurs à un point de non-retour par le juridique et  le pouvoir de séduction de l'argent, au point de les empêcher à pouvoir faire marche arrière. Accepter qu'un couloir à camions n'est pas un progrès serait s'opposer à l'intérêt financier à court-moyen-long terme de quelques-uns, serait reconnaître que béton et nature ne peuvent se fondre en un. Or, l'heure ou la volonté "des quelques hommes qui font la loi", est au Grand Strasbourg, à l'axe européen des transports Nord/Sud et dans ce choix imposé à nous tous « démocraturement », la nature et ses composantes ne pèsent plus rien, tout comme les populations qui au quotidien seront confrontées aux conséquences et pertes « sans compensations » de cadre de vie.

Bien à vous

 

 

Tag(s) : #Grand Contournement Ouest

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