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Dans l'Infos'Chasse de ce mois, la Fédération des Chasseurs du Bas-Rhin relate entre autres ses longues négociations avec les parties prenantes du chapitre "agrainage en forêt" pour finaliser à temps le compromis préalable et nécessaire à la sortie du prochain Schéma Cynégétique du 67 avant le 19 janvier prochain.  Ci-après l'accord définitif du 19 novembre 2018 conclu pour les six années à venir entre la FDC 67 et la DDT sur les modalités d'agrainage et les périodes :

  • "dissuasion quotidienne sans limitation de quantité en maïs, pois ou féveroles du 1er  mars  au 31 octobre
  • pas d’agrainage de dissuasion du 1er novembre au dernier jour de février.
  • interdiction d’agrainer toute l’année dans les lots de chasse dont la superficie boisée est inférieure à 25 hectares d’un seul tenant.
  • agrainage appât à poste fixe  dit « Kirrung », toute l’année à raison de 5 litres par jour et par poste fixe
  • 2 postes fixes entre 25 et 100 ha de surface boisée, plus 1 poste fixe pour 50 ha entamés jusqu’à 300 ha. •
  • 1 poste supplémentaire par tranche entamée de 100 ha de surface boisée.
  • suppression de la notion  de peuplements dégradables.
  • cas particulier Agrainage interdit dans la ZPS des crêtes du Donon/Schneeberg : Concertation à mener pour définir de manière précise l’interdiction d’agrainage en enlevant les parties basses  afin de permettre l’utilisation de postes fixes pour empêcher les sangliers d’aller dans les villages."

Jusque là pas de commentaires particuliers, c'est ce qui était attendu, une seule remarque cependant, il n'est pas mentionné si le tir est interdit ou autorisé sur le linéaire.

Reste l'introduction d'une "expérimentation autour des dégâts de prés" et là on peut être plus interrogatif, voire dubitatif sur la pertinence.  On sent comme dirait Hulot, le poids de lobby dans cette décision. Mettre en place "un agrainage de dissuasion de pois et féveroles du 1er novembre à fin février, dans les  massifs boisés des communes où il y des dégâts de prairies constatés (lots de chasses communaux et domaniaux) est surprenant avec un risque d'ouvrir une belle boîte de Pandore. Présentée ainsi, cette mesure présente un certain nombre de zones d'ombre, en tout cas sans dispositions complémentaire et semble faite pour les chasses mixtes :

  • 1er novembre à fin février, nous sommes en plein dans la période des battues, mais nous sommes aussi en période de tir de nuit, du moins jusqu'au 1er février. Sur cet intervalle de temps, la dissuasion passe donc par le tir et non par de l'agrainage préventif. C'est un détournement du principe de l'agrainage linéaire, d'autant plus que les prés sont déjà dévastés, donc vides de larves et de vers de terre, puisque le préalable veut qu'il faut avoir des dégâts... A quoi bon alors encore apporter un supplément de nourriture ?  Cette mesure ne fait que confirmer qu'une partie des chasses mixtes, les chasses de montagne avec prés restent spectateurs des dégâts à partir d'août pour les raisons connues. En autorisant un agrainage post dégâts, nous ne sommes plus du tout dans la dissuasion, mais dans l'agrainage de concentration "chez soi", ce qui ne manquera pas de créer des "injustices" entre voisins chanceux ou malheureux, selon la zone à laquelle ils appartiennent.
  • aucun seuil de dégâts n'est indiqué pour déclencher l'autorisation,
  • si c'est le seuil rouge, dans le système actuel c'est grande chance d'avoir une battue administrative, alors pourquoi remettre du linéaire ?
  • à quelle distance limite des prés le linéaire a-t-il lieu ?

Si je ramène cette mesure à notre territoire, j'ai plusieurs options :

  • continuer à faire du tir de nuit dissuasif après novembre, en chasseur responsable
  • laisser filer côté de la chasse de l'ONF et la contraindre à entrer dans le dispositif expérimental, ce qui serait assez cocasse
  • laisser filer de l'autre côté pour que le locataire domanial voisin en forêt, moyennant un billet pour payer la contribution complémentaire, puisse agrainer sur la période de ses battues

Aucune de ces réponses ne me convient. Sortir en hiver de nuit n'est vraiment pas une partie de plaisir. Abuser n'est pas dans mes gênes, tout comme monnayer. Une seule réponse, toujours la même, sectoriser le linéaire à partir du risque de dégâts. Jusqu'à l'arrêt de l'agrainage nous n'avons eu le moindre are de dégâts de prés. Depuis l'arrêt c'est branle-bas le combat, mais comme nous dissuadons et rebouchons, les dégâts ne seront sans doute jamais assez suffisants pour déclencher un droit à "l'expérimentation". En clair nous pouvons continuer à faire garde-prés et à regarder impuissant la montée des dégâts en février.

Conclusion : le tir de nuit avec lampes a été mis en place jusqu'à la fermeture. Les dégâts de prés sont donc en grandes parties limitables, voire évitables si on a recours à cette autorisation, sachant que c'est facile d'obtenir du résultat puisque les sangliers sont visibles, contrairement à la période du maïs sur pied. La question d'un agrainage linéaire post dégâts est une "usine à gaz" dangereuse et discriminatoire. Par contre, elle a du sens entre le 1er février et le retour de l'agrainage au maïs en mars. Mais qui voudra dépenser des sous à ce moment là pour aucun retour ?

Plus largement, si on était vraiment logique et conséquent, l'agrainage au maïs en secteurs à prés devrait être prohibé et systématiquement remplacé par les protéagineuses, ce qui concernerait beaucoup de lots, notamment de piémont et de montagne...

Pas sûr que cela plairait aux agriculteurs vendeurs de maïs... aux cervidés et chevreuils et à 210€ la tonne aux chasseurs.

Tag(s) : #Gestion du sanglier et des dégâts

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