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Cela ne sent pas très bon pour le Bas-Rhin en terme de prévisionnel des dégâts de printemps sur les semis de maïs, avec 387 ha de champs ré-ensemencés contre presque trois fois moins l'an dernier et un compteur maïs grain, soit des champs qui ne peuvent plus être resemés, déjà largement ouvert, avec 116 ha contre un total sur la saison entière 2019 de 302 ha. Par contre, les dégâts de prés sont revenus à un niveau d'ensemble satisfaisant de 187 ha, soit près de 523.000€ de moins en espèces sonnantes et trébuchantes sur la facture finale. Pas sûr cependant que ce bon résultat ne suffise à garantir "la paix sociale" avec le monde agricole et services du Petit Broglie, d'autant plus que corneilles et freux ont eux aussi quelque peu "chauffés" les esprits, en jouant du bec pour tirer bon nombre de grains appétents, obligeants certains exploitants, sans contre partie financière, à vider leurs stocks de maïs semence. Pour autant, la voracité des corbeaux ne justifie pas quelques manœuvres peu acceptables comme faire sans prévenir du linéaire sur les champs pris d'assaut par les corvidés ou en allant jusqu'à l'empoisonnement, sans se soucier du "reste"... soit de tout ce qui compose la biodiversité dont le gibier et les ESOD font aussi partie.

Nul doute que la Covid 19 a sa part de responsabilité dans ses premiers chiffres de dégâts, avec un tir de nuit et un agrainage dissuasif en forêt en mode "compliqué" et discordant, voire avec une venaison pratiquement impossible à valoriser pour cause de confinement. Nul doute aussi que "la guerre des boutons" entre agriculteurs et chasseurs sur fond d'assemblées générales monte régulièrement en puissance et n'aide pas à s'entraider sur le dossier corbeau, tout comme la problématique des tirs au lever du jour et les complaintes des "rurbains",  toujours prompts à taper sur le chasseur comme sur le coq ou les cloches du village.

Dorénavant, deux mondes qui du temps de la "corne d'abondance" du petit gibier fonctionnaient bien ensemble parce que la ruralité était encore bien en place, sont en passe de se séparer de plus en plus, comme la forêt se déchire avec l'ONF et les forestiers pour le grand gibier. Les modes d'exploitation du monde agricole sont devenus destructeurs de la faune, notamment  en cette période de nidification et de mises bas dans les prés et tout ce qui n'est pas exploitable, mais d'intérêt cynégétique est détruit, traité, fauché. Il fut un temps où la fenaison s'étalait de juin à juillet. Aujourd'hui, l’enrubannage devient de plus en plus dominant avec une fauche archi-précoce de l'herbe dès la fin avril. Chez nous la moitié des prés était déjà partie à la ferme mi mai, au 30 mai tout était fauché, autant de pertes de reproduction, autant de nourriture riche en moins pour les chevreuils et les lièvres. Faites une fois une remarque sur cette thématique et vous comprendrez votre douleur, le sujet est sensible. Il ne faut pas s'étonner alors que bon nombre de chasseurs en plaine ne fasse plus de zèle pour dissuader les corbeaux dans la mesure où ils ont le sentiment croissant que tout va à sens unique. Il fut un temps aussi où existait la chasse au grand duc, aujourd'hui sur bons nombres de territoire, vous n'avez même plus un endroit pour placer un "fake" à distance de tir d'une haie. Alors, vous restez à la maison face à un monde qui tourne à l'envers. Des textes interdisent au monde agricole la taille de haie à partir d'avril jusqu'en juillet pour protéger les nidifications, pour la faune au sol aucune imposition, voire préconisation. Et lorsqu'il y en a une comme le sens de la fauche de l'intérieur vers l'extérieur, tout le monde s'en fiche. Alors, un dicton dit que "l'on récolte ce que l'on sème".

A côté de cela, on dépense pour rien de l'argent du contribuable pour espérer rétablir une biodiversité. Depuis plusieurs années des subventions sont distribuées pour laisser "sauvages" des placettes de prés dans l'espoir de voir revivre certains papillons. Cela fait plusieurs années que nous pouvons observer l'expérience... Pas plus de fleurs, pas plus de papillons, tellement la diversité de graminées est devenue absente à force de raser précoce, avec comme résultat une composition floristique quasiment disparue des sols. Pourtant certaines régions savent faire, celles qui font notamment le pari de la qualité gustative des produits.

Maintenant, avec le lait aseptisé que nous sortent les industriels est-il vraiment utile de refaire des prairies à l'ancienne ? Tant que la demande ne change pas, aucune raison de voir l'offre se modifier et en amont voir la recherche d'une autre qualité d'herbage laitier s'imposer face à celle plus "bodybuldée"

Un nième livre blanc sous l'égide de l'Association nationale de conservation du petit gibier est actuellement en préparation en collaboration avec des scientifiques, des techniciens de Fédérations de chasse, des agriculteurs. Il est destiné aux négociateurs de la future PAC et vise à recenser et présenter "les mesures nécessaires au maintien ou à la réintroduction de la biodiversité, notamment en plaine agricole". L'idée est de leur associer une aide financière aux agriculteurs tentés par des "aménagements en faveur de la biodiversité". Pourquoi pas, il paraît que tout s'achète, si l'enveloppe est conséquente !

Une chose est sûre, si le monde agricole continue à ne voir la chasse et sa raison d'être qu'à travers l'obligation de mettre à disposition son foncier avec en contre partie l'assurance d'être indemnisé des dégâts, personne ne sortira gagnant de l'opposition frontale qui s'instaure. Quand l'Alsace était encore "un beau jardin", chasse et monde agricole fonctionnaient naturellement ensemble. Puis, avec l'après guerre jusqu'à la grande révolution du remembrement, une certaine transition s'est installée avec l'arrivée progressive de l'agriculture intensive et l'éviction des petites exploitations vivrières pour nourrir les populations et faire de la France une puissante nation agricole exportatrice. En  moins de vingt cinq ans, l'affaire fut pliée, l'agriculture a vu ses vieux partir au cimetière, ses jeunes à l'usine, les fermes rachetées par les rurbains, les périphéries de villages vendues à l'immobilier pour au final ne voir rester que quelques grandes exploitations et des doubles actifs, ouvriers de jour ou de nuit et exploitants à l'arrache sur le temps libre avec l'argent de la PAC. Machinisme, fongicides, pesticides, engrais chimiques, Crédit Agricole ou Mutuel ont accompagné cette course à l'échalote dans un univers où rendement et son corollaire argent dominaient les esprits. Aujourd'hui, les sous-sols sont pourris, les terres sont sans vie dépendantes des intrants, dominées par la monoculture, trois barres de coupe équipent les tracteurs toujours plus gros, puissants, rapides, les travaux se font de plus en plus jusque tard dans la nuit à coups de rampes lumineuses, tout ce qui présente un obstacle à la vitesse ou à l'exploitation est dégagé au girobroyeur, à la tronçonneuse ou au round up, des agriculteurs se suicident ou sont au bord du gouffre "tenus au col et à la culotte" par les créances.

Pour quel résultat ? Vous avez une nature à l'agonie brûlée par le soleil, lessivée par les catastrophes dites "naturelles", de mornes paysages découpés de partout par des infrastructures, des villages sans plus grands charmes cerclés par des lotissements, une multiplication des activités dites de loisirs par ceux qui en font un business, du produit au service, avec une nature devenue un parc de jeu de jour comme de nuit  et au milieu de tout ce marasme, vous avez la chasse de plus en plus controversée attaquée par le militantisme radical. Il faut déjà être de bonne constitution optimiste pour croire pouvoir remonter le temps, arrêter l'horloge  !

Toute la relation agriculteurs-chasseurs est à remettre à plat. Longtemps la chasse a pensé par des signatures de convention "arracher" par l'argent quelques faveurs. Je sais bien que dans ce bas monde rien n'est gratuit, même pas la mort, mais les résultats sur la biodiversité sont obtenus là où l'agriculture porte elle-même le projet. Les territoires modèles se trouvent là où l'agriculteur est chasseur, soit dans des ACCA, soit dans des chasses privées. Partout où le droit de chasse est remis moyennant finances aux chasseurs urbains, c'est pratiquement l'indifférence, en tout cas peu d'envie d'aller vers une vision commune de développement de la faune sauvage. En plus, avec la perte du gibier naturel, le chasseur a fait l'erreur d'aller à fond sur le gibier de tir, autrement dit le lâcher de cocottes. Non seulement, l'image du chasseur en a pris un coup auprès du grand public avec le sketch des Nuls, mais c'est devenu du pain béni pour les agriculteurs. Non seulement cet "Ersatz" les a progressivement habitué à ne plus voir de petit gibier dans la mesure où tout disparaissait à l'hiver, mais peu de chasseurs les "cherchait" alors sur la perte de biodiversité, sur l'importance de préserver des biotopes. Comme en parallèle le "sanglier ressource" a conquis les territoires de plaine, tout le monde y trouvait son compte. Aujourd'hui, la chasse est controversée et se veut d'être active dans la reconquête environnementale et le retour de la biodiversité. Elle a besoin du retour du petit gibier naturel pour survivre.

C'est pourquoi les deux mondes qui actuellement se regardent en chiens de faïence ont besoin de revoir les copies.L'agriculture, prise dans le bashing, a besoin de prouver son retour vers des pratiques plus soucieuses et protectrices de l'environnement. Qui mieux que le petit gibier peut être un indicateur de réussite d'un changement de politique agricole ? La chasse, prise elle aussi dans le bashing, a besoin de montrer qu'elle est un acteur incontournable de la préservation d'une certaine ruralité et un "prédateur" responsable, capable de préserver des équilibres et des espèces. 

Les enjeux sont simples et ce n'est pas une question d'argent, c'est juste l'envie d'apporter chacun sa contribution à la planète qui se porte mal. Le premier de cordé ne peut être que l'agriculteur lui-même, il le sait, il le voit que comme dit Claude Bourguignon « il ne fait plus d’agriculture, il essaye de maintenir vivantes des plantes qui ne demandent qu’à mourir ». De même, il n'ira pas vers un changement de sa vision et de ses pratiques pour juste faire plaisir au chasseur, mais avant tout à lui-même, pour sortir d'une spirale, faire sa part en accord avec lui-même, pour ses enfants, petits-enfants. Si le deal est de lui procurer des revenus supplémentaires par une prime à l'aide environnementale, on reste dans la politique conventionnelle qui consiste à donner des subsides en contre partie d'un service rendu. C'est une forme de chantage, d'achat d'espace pour donner l'illusion d'une action environnementale agricole, comme notre placette à papillons ou les clôtures à grand hamster autour de champs le plus souvent situés en bord de route... 

Pourquoi ne pas aller vers une prime de résultat par une politique de moyens ? On ne dédie pas des parcelles "pourries", mal situées, plus compliquées à cultiver, comme c'est souvent le cas pour les terres proposées au FARB ou pour encaisser la prime de Bruxelles, mais on aménage l'ensemble d'un territoire en fonction des carences à gommer. Si la biodiversité s'y développe, les agriculteurs touchent l'argent, si la courbe ne s'inverse pas, ca sera "pas de bras, pas de chocolat" ! Toutes les politiques d'aides environnementales mettent l'argent sur la table des moyens à mettre en œuvre dans l'espoir que cela marche. Inversons la manière de voir, l'agriculteur fait ses aménagements pour lui et par conviction et si les indicateurs s'améliorent, il touche.

De son côté, la chasse met en place sa politique de reconquête et de sauvegarde du petit gibier, avec des ré-introductions ciblées de faisans dans un premier temps et de perdrix dans un deuxième. Elle ne touche rien, sa prime sera d'avoir à nouveau du gibier à gérer...

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Tag(s) : #Aménagement du territoire et petit gibier

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