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La faillite d'un système clanique

Les chiffres de la seule vérité viennent de tomber, ceux des dégâts. Ils sont accablants pour les tenants du sanglier, terrifiants pour les apprentis sorciers et tous ceux qui ont contribué à un titre ou un autre à l'explosion des densités, consternants pour ceux qui subissent le scandale. Mais au-delà du seul constat de la catastrophe annoncée et répétée chaque année depuis dix ans, c'est maintenant tout simplement le financement du Fonds d'Indemnisation des dégâts de sangliers du Bas-Rhin (FIDS 67) qui est ou va être en jeu.

Dès maintenant, on peut déjà se poser la question, le FIDS 67 ne va-t-il pas tout simplement droit vers la faillite ? Plusieurs arguments peuvent aller dans ce sens.

  • Nous sommes à peine à la mi-temps des dégâts.
  • Le lourd est encore à venir avec les cultures sur pied du blé et du maïs.
  • Les récoltes compte tenu de la météo risquent forts de s'étaler dans le temps et donc allonger la saison des dégâts
  • Personne ne peut dire le prix futur des céréales qui compte tenu de la loi de l'offre et de la demande risquent aussi d'exploser avec les pertes de récoltes dues aux inondations en Europe

Tous les indicateurs sont donc au rouge et les discours, la rhétorique des uns et des autres n'y changeront rien. Les sangliers sont dorénavant en position de force avec des biotopes favorables en cette saison et en nombre, sachant que la reproduction va s'accentuer avec les mises bas des laies primipares non tirées en battues ou à l'affût.

Inutile d'être devin pour annoncer que ceux qui n'y sont pour rien ne se laisseront cette fois-ci plus manœuvrer par passivité, indolence, manipulation, crédulité, confiance, amitié ou solidarité. L'enjeu financier sera trop important pour chacun. L'heure de la responsabilité a sonné.

Je rappelle que ces dégâts couvrent les dégâts de prés de l'hiver, les dégâts aux cultures de céréales d'hiver, les dégâts de semis de maïs. Il est important de le souligner car sur un plan de la chasse, nous sommes alors encore en période favorable à la destruction par les battues, les forêts ne commençant à verdir qu'à partir du début du mois d'avril. Certes certains territoires ont été "chassés", mais pour quels résultats effectifs ?

L'immense majorité des dégâts provient toujours des mêmes territoires. Sur un million quatre cent quarante quatre mille euros, 1.323.167€ est issu des zones recensées depuis maintenant six ans (cf tableau joint).

A quelques exceptions près, ces territoires sont mixtes, avec suffisamment de forêt pour faire de l'agrainage fixe et des zones de cultures ou de prés. Cela veut dire aussi que ces groupes de chasse ont non seulement pas suffisamment œuvré en hiver avec efficacité, mais aussi pas fait le boulot en tir de nuit. Sur de tels territoires, il convient d'être réactif par un contrôle permanent des champs et pas seulement de se contenter de déverser du maïs. En cas de sorties nocturnes soit il est procédé à des battues immédiates, soit il est effectué des affûts de nuit et quelles que soient les conditions climatiques.

De surcroit en cette période de l'année, le tir de nuit est tout de même facilité, contrairement à l'été où le sanglier disparait très vite dans les cultures hautes, s'il n'y est pas déjà installé en permanence.

Mais voilà on sait aussi que ces groupes fonctionnent différemment. Les dates de battues sont programmées à l'avance en fonction des "clients" et partenaires, avec un nombre de jours de chasse fixes, avec des sorties à l'affût le week end à partir du 15 mai, date d'ouverture du brocard, avec des "hommes de paille" ou des gardes sans droit d'affût quand le véritable "patron" habite au loin .

Quant à ceux qui disent faire de la dissuasion de nuit, s'ils sortent c'est a posteriori, selon l'envie et le plus souvent le matin, au retour de dégâts. Laisser sortir tranquillement les sangliers et les laisser se nourrir toute la nuit pour les attendre à l'aube est égoïstement criminel, au regard de l'effort collectif demandé. Gageons que les chiffres qui seront fournis aux louvetiers au 30 juin sur la campagne de tir de nuit avec lampes, seront là aussi à "interpréter" avec suspicion, car rares sont ceux qui se sont dévoués corps et âme à la dissuasion, de la tombée de la nuit à la sortie des sangliers. Ceux qui ont agi en responsables et fait comprendre par le feu que sur ce territoire on ne sort pas, ont eu du résultat. Les autres ont "chassé" comme ils l'ont toujours faits avec en plus l'avantage de la lampe. La vraie dissuasion obéit à d'autres règles, beaucoup ne l'ont pas encore compris.

Si vous ajoutez, à ce qui est incontestablement un défaut de gestion, que le département est clôturé de surcroit par des kilomètres de clôtures, il y a de quoi s'arracher doublement les cheveux. Mais même là, vous avez des groupes qui parviennent par défaut d'entretien et de surveillance à encore avoir des dégâts. Cet effet pervers est tout aussi irritant car non seulement il ne place pas sur un pied d'égalité tous les chasseurs mais il peut aussi favoriser des passe droits. Dans le contexte actuel, la transparence mériterait qu'on connaisse aussi les territoires clos et ceux qui de plus génèrent des dégâts.

Enfin, il est temps aussi de mettre fin à un argument longtemps avancé en coulisses par les tenants du sanglier, en particulier des grands massifs. Nombreux sont ceux qui estiment que leur versement de la cotisation de base de 12% du prix du bail leur ouvre carrément droit à un "tirage spécial de dégâts". Ils oublient tout simplement que ces montants servent à couvrir les frais de fonctionnement, de dissuasion et d'estimation et non à couvrir les dégâts aux cultures.

Avec les résultats intermédiaires des dégâts, l'heure de fin de récréation a maintenant définitivement sonné. Il va falloir d'une manière ou d'une autre assumer, non par une nouvelle mutualisation "bidouillée", mais par une réelle responsabilisation des pollueurs récurrents, défaillants ou désinvoltes. Si par hasard, il venait encore à l'esprit de quelques-uns de faire plonger les détenteurs de chasse sans bois ou suffisants pour faire de l'agrainage, avec les vrais responsables, soit ceux qui composait l'ancien Syndicat des Chasseurs en forêt, les fronts du refus se durciront.

Il serait injuste, inadmissible de faire payer encore une fois ceux qui n'y sont pour rien à l'explosion des densités, au défaut de gestion, au défaut de dissuasion, d'autant que les "fauteurs" habituels étaient tous prévenus.

L'été sera chaud et l'hiver rude...

En attendant, bonne dégustation des chiffres joints

Suivi depuis 2007 des dégâts de sangliers par continuité de territoires

"On ne rattrape pas un couteau qui tombe"

Tag(s) : #Gestion du sanglier et des dégâts, #Vie des instances de la chasse, #Billet d'humeur

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