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Rapport Pera/Cardoux sur les dégâts de grands gibiers

En lien ci-dessus le rapport pour "restaurer l'équilibre agro-sylvo cynégétique pour une pleine maîtrise des populations de grand gibier et de leurs dégâts à l'échelle nationale", objet d'un premier post http://veillecynegetique67.com/2019/04/rapport-perea-cardoux-pour-mairiser-grands-gibiers-et-degats.html.

Pas de surprises donc, les revendications des syndicats agricoles et forestiers, savamment orchestrées depuis des mois autour des Préfets, des élus et des médias, ont été reçues cinq sur cinq, le contraire aurait été surprenant compte tenu des orientations données aux rapporteurs par Matignon. La messe était dite bien avant la rédaction, tout cela est juste une "mise en scène" pour valider, justifier de façon incontestable et démocratique, de la fin de l'abandon de la chasse aux chasseurs. Souvenez-vous des paroles de l'ancien Ministre de l'agriculture Stéphane Lefoll reprises dans mon post intitulé http://www.veillecynegetique67.com/2014/04/la-chasse-bientot-plus-qu-un-outil-d-interet-general-avant-l-hallali.html. "la chasse aura de moins en moins un rôle de loisir, de plus en plus un rôle d'intérêt général, pour réguler les populations des espèces de la faune sauvage, gérer le gibier, participer à la régénération de la forêt ». L'ONF Grand Est vient encore de donner l'exemple avec l'attribution de lots restés "infructueux" après adjudication, à des chasseurs prêts à s'engager avec eux pour dézinguer du cervidé, en contre partie d'une prime à l'abattage à moitié prix par rapport à un chasseur plus "traditionnel".

Dorénavant l'arsenal législatif boucle la boucle, tout va être en place à partir de janvier 2020 avec l'Office Français de la Biodiversité pour mettre la chasse de gestion sous tutelle, sous forme "administrée". Au moindre écart, avec un seuil de déclenchement  mesuré à l'importance des dégâts sur un territoire, le "système" étatique, sous couvert de "dialogue" se mettra "en marche" par Commission Départementale de la Chasse et de la Faune Sauvage (CDCFS) interposée. Rien de bien innovant toutefois pour nous les Alsaciens avec notre Cahier des Charges qui instaure déjà les Commissions consultatives (4C) avec mises en demeure, voire résiliation du bail de chasse.

Au final, du côté de la méthode, comme on dit en politique, tout cela ressemble à s'y méprendre à ce qui s'est fait dans le cadre du "Grand Débat". Plus d'une centaine de contributions ont été apportées sous formes d'audition ou de relais sénatoriaux aux rapporteurs par à peu prêt tout ce qui peut être concerné par le sujet des dégâts et leurs financements; nos représentants d'Alsace et de Moselle, que ce soit Fédérations ou FIDS y ont également participé, avec quel apport, les prochaines AG le diront peut-être ?

Mais au bout du compte, tout cela ne relève-t-il pas tout simplement d'un "Grand blablatage" comme se plaise à le ressasser actuellement les opposants  politiques à LAREM ? Ca le serait si derrière, les lobbyings restaient sans conséquences. Les mesures actuellement en discussion au Sénat dans le cadre de l'OFB, vont être concrètes sur la base des préconisations faites par les rapporteurs dans les trois chapitres : rationaliser-dialoguer-adapter et dont un bon nombre vont devoir être reprises dans les Schémas Cynégétiques.

Il fut un temps où partir à la chasse se faisait le fusil à la main, cartouches au ceinturon, le chien à ses côtés, le "ruck" sur le dos, avec casse-croûte et bouteille de vin qui va avec. Cette image caricaturale a déjà disparu depuis longtemps, aujourd'hui on chasse un  gros guide dans la poche pour savoir "ce que le chasseur sous tutelle peut encore faire". Plus grand chose, juste payer, en vrai maso qu'il est ! Qui d'autre accepterait de payer les 15 milliards que coûterait la chasse des sangliers au contribuable, si les chasseurs laissaient l'Etat en plan, pour en retour être ratatiné par toujours plus de contraintes, pour être le bouc émissaire de tout, pour être érigé au rang de simple "vache à lait" ?

Alors, au final, on ne peut que s'interroger si la chasse sortira vraiment gagnante ou plutôt perdante de cette nouvelle réforme ? Est-on proche du "dîner de cons" ou de la "chasse de demain", comme l'espère (sans être dupe) Willy Schraen, le Président de la FNC, cf l’interview https://www.youtube.com/watch?v=-3YDAGrzor4

On aimerait croire le Président. Je ne suis pas aussi optimiste car les opposants sont dorénavant à l'intérieur des pouvoirs de décisions et les portes ne tarderont vraisemblablement pas à claquer, les dégâts ne seront pas mieux maîtrisés en "vieille France" que chez nous, sauf à aller vers le seuil bas des densités, attendu par agriculteurs et forestiers, notre département est l'exemple où la taxe à l'ha n'a rien réglé, car les chasses ont besoin d'un seuil haut de sangliers pour être finançables, car les Préfets auront plus que jamais les moyens pour faire plier les chasseurs et leurs organes décisionnels, car  les associations autour de la biodiversité et de l'environnement montrent rarement l'envie de partager le gâteau avec la chasse, car l'écologie est un fond de commerce des partis politiques tout comme "la ruralité", revendiquée aujourd'hui également par la chasse. 

Maintenant, il fallait bien que quelque chose se passe, qu'un petit doigt, voire plutôt un bras, soit peut-être sacrifié pour sauver ce qui peut encore l'être, voire trouver des affinités et plus. Seule la qualité des hommes fera le dialogue espéré. Mais ce vivier sera-t-il assez grand partout ou les lignes doctrinaires l'emporteront-elles au final sur le pragmatisme nécessaire ? Les doutes sont permis.

Tag(s) : #Gestion du sanglier et des dégâts, #Faune-Nature-Ecologie et Chasse

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