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Voilà sans doute ou peut-être un ministre délégué chargé de la transition écologique, Mathieu Lefèvre qui veut se faire son opinion sur la manière de faire cohabiter chasse et exploitation forestière, s'il s'est rendu ce jeudi en forêt essentiellement privée d'Amboise, un grand massif boisé d'Indre et Loire de 6.000 ha, reconnu comme un exemple réussi de gestion sylvo-cynégétique issu d'un suivi scientifique depuis une dizaine d'années .
Considéré comme un modèle de gestion intégrée par le ministre, avec des pratiques exemplaires, il n'est pas à exclure que ce grand territoire école devienne pour les années à venir une bible nationale des bonnes pratiques forestières et cynégétiques selon le guide pratique sur l'art et la manière "d'établir ou rétablir un équilibre forêt-gibier" en France. C'est déjà devenu une méthode et une formation dite "Brossier-Pallu", les deux figures clés de l'étude, le premier venant du Centre National de la Forêt Privée, le deuxième de la Fédération des Chasseurs de la côte d'Armor et de l'ANCGG. Même si souvent le chasseur n'est pas très enclin à lire des études longues et scientifiques, il n'est pas inintéressant, a minima à petites doses, de se pencher sur le guide, notamment dans le contexte actuel du "choc de régulation" prôné au Ministère de l'Agriculture dans le cadre de la sortie du plan quinquennal 2026-2030 ONF-Etat.
Incontestablement, le guide est bien construit autour de ce que chaque camp doit faire, devrait faire, mais pour autant, révolutionne-t-il le paysage sylvo-cynégétique ? L'enfer reste "pavé de bonnes intentions" et le grand malheur de la France c'est sa verticalité qui dirige tout du haut vers le bas, à travers de multiples instances qui chacune donne son grain de sel. Si vous regardez les écrits des uns et des autres, il devient difficile plus on avance dans le sujet de reconnaître la paternité des idées. A un moment, chaque camp reprend quelque part à quelqu'un ce qui peut l'arranger pour étayer une étude, un argumentaire, au point de donner le sentiment qu'on tourne en rond. Dans l'étude Brossier-Pallu, il est étonnant de ne rien lire sur le sanglier, l'essentiel est consacré au cerf et au chevreuil, les deux espèces ennemies du reboisement et des pertes en bois.
Autre observation, "6 à 8 animaux" aux 100 ha répond à la capacité d'accueil désirée et à l'objectif visé. Il n'est pas dit par espèce, mais au nombre d'animaux, soit de grand gibier, cerf-chevreuil-sanglier, donc au final au pire 2, au mieux 2,6 cerfs, chevreuils, sangliers... soit pas grand chose pour assurer une reproduction chassable annuelle quand on regarde la maturité sexuelle des uns et des autres, hormis le sanglier. Quelque part on est dans de la planification, dans l'idéal, comme si en plus la prédation, les maladies, les accidents de la route et chutes de naissance n'existaient pas, Autant dire, que la chasse en battue par exemple est condamnée dans ce type de schéma.
Regardez ce qui se passe déjà actuellement chez nous. Sauf encore des territoires d'exception, dans cette première partie de saison, les tableaux en sanglier et en cervidés sont en chute libre un peu partout. De plus en plus le tableau est constitué de davantage de chevreuils que de sangliers et de pas grand chose là où les chevreuils sont déjà au point bas. Beaucoup de chasseurs repartent Fanny, les invitations marchent de moins en moins bien, chasser à 40-50-60 sans grand résultats, pas la meilleure des pubs, car tout simplement l'expression "territoire riche en..." ne vaut plus sur un grand nombre de chasses locales. Alors on en vient déjà à recruter "des invités" par FaceBook...
6 à 8 animaux, dans l'absolu c'est une densité pour faire de la chasse individuelle sur une saison et encore sans tirer tous les ans un cerf ou brocard de récolte, tout en évitant la cata par le tir d'une biche ou belle chevrette mature. La chasse consistera à éliminer les faons et marcassins de l'année et de temps à autre à prélever un trophée. La chasse se cantonnera plus que jamais aux affûts en limite de territoires, ah le gibier tiré au voisin, pour satisfaire aux plans de chasse basé sur le 1/3 de jeunes, de mâles et d'adultes, autant dire que très vite beaucoup de monde pourra rester à la maison.
L'être humain a ce fâcheux défaut ou malheur de tout vouloir maîtriser, calculer, le plus souvent par intérêt financier., il en est ainsi de la nature et dans notre cas de la forêt, numéro 2 dans le palmarès des secteurs déficitaires de la balance commerciale. L'écolo ou l'animaliste est lui prêt à fermer les deux yeux sur la demande par les autorités d'une "chasse meurtrière", dès lors que cet épisode mènera à la fin des chasseurs. Reste le chasseur et son volet économique seul argument encore susceptible de perturber l'oreille de l'Etat. Plus de chasseurs, plus de recettes garanties pour ONF, communes et propriétaires privés, plus d'achats de 4X4 et autres véhicules, plus de ventes d'armes, de munitions, de textiles, de chaussures outdoor, de bottes, d'optiques, de déplacements, de nuitées, de repas aux restos ou par un traiteur, plus d'élevage de chiens, de frais vétérinaires et de croquettes, soit grosso-merdo un chiffre d'affaires de 4 milliards d'euros et 40.000 emplois à temps plein.
Mais ce n'est pas grave, on trouvera des taxes !
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