
Tous nous connaissons les affres de l'organisateur de battues pris par le stress, avant, pendant et après, sujet aux critiques, doléances, comportements, confronté à l'hostilité des usagers de la nature. Va-t-il falloir bientôt ajouter à la longue liste des empêcheurs de passer une bonne journée entre amis, les agriculteurs, la féroce mésaventure récente vécue par des chasseurs vosgiens pris sans sommation comme cibles par un conducteur de tracteur, le laisse à penser, car cet épisode de folie apparente semble faire jurisprudence dans la tête d'autres exploitants.
La récente histoire survenue à Oberbronn dans le nord du Bas-Rhin va dans ce sens, du moins semble montrer que très vite une partie de chasse peut dégénérer, partir en vrille, avec à l'origine le quadrillage du périmètre de chasse par nos fameux panneaux "chasse en cours". J'ai déjà traité l'hypocrisie de ce panneau qui n'autorise, ni n'interdit le passage à toute personne externe à l'action de chasse, ce "fait divers" repose le sujet, voire l'élargie.
L'histoire
Ce jour de battue, un éleveur vient récupérer avec sa bétaillère des bêtes sur un pâturage, au même moment, au même endroit se déroule une traque. Le chemin d'arrivée est bien balisé par notre fameuse signalétique, conformément à l'exigence de la législation. De même, la battue est déclarée pour avertir tout usager souhaitant s'organiser, sauf que l'agriculteur a décidé de passer outre, de passer et sans demander à la ligne la durée restante de la traque, car comme il le dit ultérieurement "il travaille" et n'a donc de temps à perdre. Il en perdra bien plus que s'il avait un peu attendu.
Peu importe, il rassemble les bêtes, les charge quand retentissent soudainement deux coups de trompes signalant la fin de traque. Et les bêtes de paniquer, alors que la porte allait se refermer sur elles. C'est la débandade dans tous les sens et comme la porte de la pâture est ouverte, la fuite dans la nature, avec un éleveur à la fois heureux de ne pas avoir été bousculé par les charges des animaux, mais aussi pris dans la foulée de colère contre les chasseurs. La suite ? Elle est prévisible, engueulade crescendo et générale, l'un accusant l'autre d'agression et l'agriculteur jurant in fine, rompre sa mansuétude envers les chasseurs.
L'histoire aurait pu s'arrêter là, des chasseurs non responsables de la mésaventure, plus de peur que de mal pour l'éleveur, un week-end à retrouver les bêtes parties en vadrouille, deux camps fâchés, voire irréconciliables, une menace d'action à la vosgienne exprimée, faut-il espérer sous le feu de la colère. Mais non, lundi exigence revendiquée auprès de la Fédération des Chasseurs du 67 d'interdire l'usage de la corne, à défaut mobilisation du monde agricole, préfet, etc... Argumentaire développé, forcément yakafautkon, avec la technologie moderne, téléphone, talkies walkies il existe dorénavant d'autres moyens pour signaler débuts et fins de traque...
La morale
Quelle est l'origine de l'escalade ? Notre fameuse hypocrisie du panneau "chasse en cours", celle du "en même temps" qui veut signaler mais surtout pas interdire en laissant le libre choix à chacun de rebrousser chemin, d'attendre ou de braver, la faute en cas d'accident tombant du côté du chasseur. Dans notre histoire, la sagesse aurait voulu de demander au premier posté la durée restante de la traque, mieux encore, noter la date de la battue en amont pour programmer la récupération du bétail.
Qui est responsable ? l'organisateur, que peut-il faire de plus, corner sans être entendu, dominer l'instant qui a vu le coup de trompe correspondre à l'enfermement du bétail ? Les vaches, à leur charge, elles vivent sans peu de contacts humains et leurs veaux s'il y en avaient, sont libres et sauvages comparés à leurs congénères élevés en stabulation. Se faire mener pour entrer dans "une machine mécanique" engendre sans doute du stress et le moindre événement insolite, inhabituel peut provoquer la panique. Le même coup de trompe avec des vaches broutant de l'herbe n'aurait sans doute pas provoqué de réaction. L'éleveur, son choix de négliger le panneau de signalement s'est avéré mauvais, par la faute à pas de chance au final. Son emportement peut se comprendre face à du bétail en panique dans un espace réduit. Son exigence et quête de supprimer les débuts et fin de traque sonores, no chance.
Que nous raconte cette histoire ? Elle illustre le climat délétère qui prend de plus en plus d'ampleur partout et l'impuissance de la chasse à être comprise et surtout acceptée dans son exercice. Lorsque les sangliers viennent détruire une pâture, le chasseur est le bienvenue et appelé par le monde agricole, lorsqu'il chasse en battues, c'était jusqu'il y a peu, pareil. Aujourd’hui, à force notamment syndicalement de taper sur le chasseur que ce soit en forêt ou en zone agricole, de ne plus considérer la faune comme un bien, mais un mal, les esprits sont peu à peu chauffés et le moindre événement malheureux, imprévisible, fortuit devient l'allumette qui embrase la dérive. Tous les actes de vandalisme en nette augmentation à travers la France que subissent les équipements de chasse ne sont pas forcément à mettre tous sur le dos d'opposants issus de la mouvance animaliste. Nous vivons dans un monde où l'homme est un loup pour l'homme, un mot de travers, un regard, une action mal comprise, une vie jugée plus facile ou envieuse, la liste des déclencheurs est longue et sont autant de poudre pour provoquer des passages à l'acte pour un oui ou pour un non.
Cette histoire nous dit aussi qu'au mieux la chasse ne devrait pas être vue et entendue. Aujourd'hui, un des arguments amené par les adeptes de la traque-affût est d'être silencieuse. De plus en plus de voix s"élèvent pour pousser les chasseurs vers les réducteurs de son. Le canton de Genève recourt au tir de nuit pour donner le sentiment que la chasse n'a plus courre. Dites à tous les amoureux de la chasse à cor et à cri que demain c'est fini, que la pibole est à vendre sur les marchés aux puces et les chiens à mettre à la retraite, un nouveau grand pas sera franchi pour laisser la place à la non-chasse faute de renouvellement de permis.
Morale de la morale
Le jour n'est peut-être plus aussi loin, où il va falloir débaptiser le chasseur, pas besoin de lui trouver un nouveau nom, dans notre langue il existe déjà, braconnier, soit celui qui chasse discrètement, ni vu ni connu. 😂
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