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Hier le Fonds d'Indemnisation des Dégâts de Sangliers du Bas-Rhin a lancé un cri d'alerte rouge aux locataires concernés par la facture à venir, avec un triplement du montant des dégâts de prés. passés en deux saisons de 69.000 à plus de 219.000 euros, soit de 18 ha à 63. Si "la négligence, la désinvolture, la défaillance" persiste du côté des chasseurs, c'est une facture de 420.000 euros pour les seuls prés que le FIDS 67 prédit pour l'an prochain les estimations de l'hiver à venir se faisant au printemps prochain. Alors le mot d'ordre donné est "tirez-tirez-, augmentez les battues" pour stabiliser le montant des dégâts et calmer la colère à venir des agriculteurs particulièrement de montagne. Un article dans les Dernières Nouvelles d'Alsace ne devrait pas trop tarder à ce sujet, je prends le pari.
Maintenant, le mal est fait sur historiquement et principalement toujours les mêmes territoires, à savoir ceux qui à partir de l'automne cherchent la quiétude de leurs chasses en prévision des battues. Ce sont historiquement et principalement les territoires que j'appelle "mixtes", soit ceux qui tiennent forêts et prairies qui bloquent les sorties nocturnes ou les réduisent au strict minimum. Ce sont historiquement et principalement les territoires qui ne sont pas dans l'action préventive continue et qui n'anticipent pas les sorties de sangliers en fonction de la météo, du cycle des besoins de protéines des suidés lorsque les fruits forestiers tombent. Ce sont historiquement aussi des territoires qui avancent l'absence d'éthique du tir de nuit ou le manque d'équipes disposées à sortir, cf la fiche métier de garde-champêtre
La difficulté de l'acte préventif de nuit en saison exposée au froid, à l’humidité, aux vents d'est ou du nord, dépasse "le don de soi" à la communauté ou l'exigence de maintenir une certaine paix sociale avec le monde agricole, qui rappelons le n'est plus disposé comme avant à nous faire de cadeaux, tout comme les exploitants forestiers. Pourtant, c'est bien le tir de nuit en toute saison qui est la seule arme dissuasive pour dire au sanglier, "là tu ne vas pas ou plus". Nous sommes dans la période où les sangliers se regroupent en grandes compagnies, une seule sortie en groupe et le mal est fait. Chacun sait ce qu'il faudrait faire, mais le besoin d'avoir "du monde" le jour de la battue étouffe le sens de la collectivité.
Chaque mode de chasse a une fonction, celui du tir de nuit est d'éviter les sorties en zones sensibles, celui de la battue (en théorie) de ramener les densités à un niveau futur contrôlable avant les nouvelles naissances. Or là, la communauté n'est pas forcément au top, tombent actuellement les grosses laies suitées, pleines, meneuses avec la mémoire du territoire, resteront trop de bêtes de compagnie futures sources de dégâts et le cycle infernal de continuer. L'ONF nous rappelle sans cesse que nous chassons mal, a-t-elle tort ? Je vais enfoncer le clou sur le mode du "en même temps". Ce n'est pas tant le mode de la battue à cor et à cri qui conduit disons "à l'erreur de tir" ou à la mauvaise balle, mais le manque de discernement qui se définit comme suit : "la capacité à distinguer, juger sainement et apprécier la valeur intellectuelle et morale des choses et des personnes, en intégrant analyse, intuition, empathie et expérience'. Cela fait beaucoup de qualités à produire en même temps, en une fraction de secondes, lorsque du gibier se présente avec le "wild boar fever" qui va avec... Sauf à badger avec un visuel distinctif et visible les oreilles d'un mâle ou d'une femelle, compliqué de laisser vieillir à travers les battues un petit marcassin ou une jeune laie pour parvenir un jour au vieux keiler et préserver la future mama qui tient ses troupes.
Maintenant, tout ce que j'écris là est du pipeau complet, nous ne sommes plus les gestionnaires du grand gibier, pris en tenaille par le monde agricole et forestier. L'explosion des dégâts de prés n'est que de l'eau apporté au moulin pour allonger la liste des battues punitives et destructives, entamées dès octobre par l'Administration. A mes voisins successifs en forêt domaniale, j'ai toujours dit que chasseurs de plaine et chasseurs de forêts étaient assis dans le même bateau. Si nous évitions les dégâts agricoles avec les sangliers venant de la forêt, personne ne viendrait chercher querelle à la forêt, si nous sommes défaillants, désinvoltes ou négligents, l'avantage sera perdu avec a minima une belle facture à payer, au pire une intervention punitive. Le même raisonnement vaut pour les territoires mixtes, sauf que le travail est à faire par le locataire lui-même et non par le "voisin". C'est ce que la communauté n'a pas réussi à faire en bon entendement ces trente dernières années, du temps du Syndicat des Chasseurs en Forêt au FIDS. Comme dit l'horloge est toute proche de minuit, la consigne attendue à l'extérieur de notre communauté est plus que jamais exigée, "tuez tout sanglier qui se présente quel que soit son sexe, son âge, son poids", basta et là on peut dire, bonjour les dégâts.
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