
Cela fait maintenant des semaines que les syndicats agricoles manifestent, revendiquent à coups de tracteurs, lisiers et patates sous couvert de refus du Mercosur, de dermatose nodulaire, pour obtenir par la force, le blocage une nouvelle loi agricole répondant à leur colère.
Si dans les démocraties ouvertes, dignes de ce nom, comme en France, le droit de manifester est reconnu notamment dans la Déclaration des Droits de l'homme de 1789, le monde syndical agricole oublie toutefois, comme le plus souvent toutes les autres manifestations de rue, que si "nul ne peut être inquiété pour ses opinions mêmes religieuses", la protestation ne peut "troubler l'ordre public établi par la loi". Les trois syndicats de plus en plus radicalisés, sont de ce côté là loin du compte, bien au contraire les dégradations font partie de leur plan de route, contribuant ainsi à la nouvelle surprime "émeutes" de 5% dans nos assurances auto et habitation entrée en vigueur depuis 2026. Alors je veux bien que le monde agricole nous nourrit, grand slogan sorti à chaque défilé, ses excès coûtent chers aux communes, à l'Etat, donc à nous payeurs finaux des factures et maintenant aussi de la couverture des sinistres par les assureurs. Mais voilà dans "un système", comme je le dis souvent, vous et moi ne comptons pas.
Le drame, c'est que dans notre pays la casse paye, contrairement au droit civil qui veut que la casse se paye. Le gouvernement pris à la gorge de partout, on s'acharne toujours sur les faibles, cède et promet de rétropédaler au printemps prochain en faveur des revendications. Se pose ainsi la question, à partir de quel moment, la revendication devient chantage ? C'est toute la problématique des arrières-pensées d'un mouvement de rue, de l'indépendance de ceux qui le mène, du détournement qui en est fait. Il y a plus de neuf ans, Emmanuel Macron qu'il ne fait pas bon de citer actuellement, je sais, disait, "la démocratie ce n'est pas la rue". Le monde agricole tend au contraire et se pose forcément la question à qui le tour ?
Pas besoin de chercher bien loin, le train est déjà en marche, c'est le monde de la chasse qu'il faut aussi faire plier. Terminé le temps de l'entente, du dialogue, du respect, l'heure est à la mise sous pression, comme cela vient d'être fait devant le siège de la fédération des chasseurs en Moselle. Partout où les dégâts de sangliers et du loup sont importants, les syndicats poussent à travers des actions pour bien enfoncer le clou, affirmer force et détermination. Et ça marche, selon la pancarte, "si vous vous ne vous en occupez pas, on va s'en charger", c'est valable pour le loup comme pour le sanglier. Et je t'offre le permis gratuit et je t'offre le tir de nuit avec lunette thermique en forêt comme en plaine, autant de primes à la radicalisation. Comme quoi là aussi la pression constante marche.
Et pendant ce temps, que fait la chasse, elle chasse, alors qu'à côté, de l'ONF qui fait du chantage au bracelet cervidé auprès de chasseurs des Vosges du Nord à l'agriculteur, la feuille de route est d'en finir avec les grands ongulés. Et pendant ce temps les Fédés se font rentrer dedans de partout, en réunions sans grands soutiens. Et pendant ce temps, la future loi d'urgence agricole, prévue pour mars, la prédation figure en deuxième position des chapitres à traiter, juste derrière un moratoire sur la gestion de l'eau. Comme on ne prête qu'aux riches, on ne porte attention qu'aux forts, à l'image de ce que nous vivons en politique mondiale avec le trumpisme.
J'en arrive à la conclusion que je souhaite presque que le monde agricole reprenne son droit d'affût pour qu'il comprenne ce que veut vraiment dire faire le "garde champêtre ou forestier". Mas allez-y, taper le sanglier la nuit ou le loup, faites-vous plaisir à passer des heures dehors par tout temps pour ensuite aller vous occuper au matin de la ferme, allez-y remplissez vos congélos parce que vous ne savez plus quoi faire de la venaison, allez-y investissez dans l'équipement nécessaire pour être opérationnel de nuit. Ca sera comme pour les corvidés, je ne connais plus grand monde du côté agricole qui continue à s'en occuper. Allez-y continuer à raser les haies, les couverts en plaines agricoles pour remplir les cuves des méthaniseurs, pour venir ensuite pleurer que les chevreuils sans abris ni refuges, baladés à longueur de journées d'un coin à l'autre sous la pression humaine des promeneurs sont trop abondants. Savez-vous seulement pourquoi, ils se regroupent en hiver lorsqu'ils sont en manque de quiétude ? Ce phénomène porte un nom, l'instinct grégaire, plus il y a d'yeux et d'oreilles, plus un danger est détecté. Dans ces conditions, dites-moi comment vous feriez pour parvenir à réaliser un plan de chasse, sans doute par tir d'un tracteur. Maintenant, ne vous réjouissez pas trop tôt, il manque encore un ennemi, le ragondin et le renard dans les zones à volailles. Là aussi comment ferez-vous lorsqu'on est en zone castor et que le ragondin vit essentiellement de nuit ? Comment ferez-vous le piégeage devenu quasiment mission impossible pour un non retraité, puisque pièges, collets et cages, doivent être contrôlés au plus tard une heure après le lever du soleil ?
Dans mon dernier article sur sur les dégâts de sangliers , j'ai mis l'accent qu'être chasseur est aisé, c'est être connaisseur du métier qui est compliqué. Dans vos discours vous expliquez aux politiques que 'vous seuls savez ce qu'est une exploitation agricole et sa gestion, eux pas. Je vous retourne le compliment. Alors, il est grand temps d'arrêter la litanie des pleurs pour retourner Administration, Préfets, élus. Il est grand temps de calmer les débats et de ne voir la faune qu'à travers les dégâts, le chasseur qu'à travers des accusations. Bien sûr que des abus sont commis ou l'ont été, en terme d'agrainage notamment, sans adapter les modes de chasse basé sur la battue et non aussi sur la prévention. Eradiquer n'est pas à la hauteur de l'homme, la biodiversité est déjà suffisamment malmenée par l'exploitation constante de la nature et les méfaits de l'industrialisation pour y ajouter la force des armes. La dermatose nodulaire a montré combien l'abattage d'un troupeau entier d'animaux peut être difficile à accepter. Il en est de même pour nous. Nous ne sommes devenus chasseurs, à l'exception du viandard, pour abattre sur des ordres venus d'en haut.
Enfin, je ne crois pas aux solutions Yakafokon qui sortent des bureaux, des cabinets, des commissions et autres débats passionnés. Les réponses se trouvent sur le territoire entre l'agriculteur et le chasseur, les yeux dans les yeux, avec le cas échéant si nécessaire l'arbitrage du maire. Vous et moi sommes au quotidien "dehors", vous et moi connaissons le terrain, chacun a intérêt à trouver les bonnes réponses. C'est ainsi que la paix a régné durant des décennies entre nos aïeux. Il serait bon et temps de s'en souvenir
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