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Si rien ne change, pourquoi la plume ne pourra reconquérir nos plaines ?

A quelques-uns nous avons travaillé en vain, sur maintenant plus de trois ans, sur un projet de "reconquête du faisan", après avoir rencontré Pierre Mayot, un des grands spécialistes du sujet, des agriculteurs et des chasseurs en Eure et Loire.

Ces rencontres et échanges sur un week-end nous avaient en premier conforté dans l'idée que nos biotopes étaient à la base plutôt supérieurs à ceux visités et que, pour espérer réussir, il suffisait de peu de choses ou d'aménagements, cf notamment le fameux SMIC de 3 à 5% du territoire en surfaces d'intérêt cynégétique, soit des parcelles non exploitées sous une forme ou une autre.

Premier constat, ce qui est possible ailleurs, ne l'est pas ou pratiquement plus dans le Bas-Rhin. La terre agricole est devenue un bien rare avec la déprise que subissent les agriculteurs ou par la spéculation foncière, y compris des agriculteurs à proximité des villages. De ce fait, même les terres pauvres ou peu propices à la production sont prises progressivement pour l'agriculture, chaque are gagné sur les "délaissés" de nos anciens devenant petit à petit un objet de convoitise.

S'ajoute à cette bataille de la terre entre agriculteurs, le syndrome alsacien du "tout propre", encouragé de plus par les textes concernant chardons et adventices. Toute bordure de champ en lisière de chemin est dès lors fauchée deux à trois fois l'an, toute bande enherbée subie le même sort, comme c'est aussi le cas pour les bordures de fossés.

Certes, vous avez des projets environnementaux qui vont de la jachère fleurie pour montrer aux apiculteurs qu'on fait quelque chose, à "Agri-faune", un beau projet sur le papier, en passant par du maïs sur pied pour favoriser le lâcher de galinettes ou donner un semblant de couvert, mais sur le terrain la vie ou plutôt survie du petit gibier devient de plus en plus compliquée, son écosystème ayant été totalement bouleversé, en moins de cinquante ans par "la révolution agricole et son corollaire le productivisme".

Si on regarde la vie du petit gibier sur un cycle d'un an, quatre combats l'attende année après année : la lutte contre la prédation, la lutte environnementale, la lutte pour la nourriture, la lutte contre le chasseur.

  1. l'hiver, comme pour le sanglier, l'agrainage peut compenser le manque de nourriture, par contre se protéger des prédateurs, en particulier ailés, ne peut se faire que si dans les premiers deux cent mètres la perdrix ou le faisan peut trouver un couvert. Regardez nos plaines et voyez où vos oiseaux peuvent encore trouver rapidement un abri. Même se percher le soir peut devenir un problème. Les arbres qui subsistent sont le plus souvent laissés dans des zones peu propices au gibier, en bordure de route, à proximité d'habitations, le long de chemins fréquentés, rarement au centre d'un territoire ou dans des zones non fréquentées par le grand public.
  2. au printemps, avec les blés d'hiver, la campagne semble devenir plus accueillante, mais après la prédation, c'est le travail du sol, l'apport d'engrais, puis les pulvérisations qui vont attaquer la vie où les centres vitaux de notre petit gibier. Evidemment, les conditions climatiques vont aussi interférer dans la qualité de la reproduction, mais en l'absence de zones non cultivées favorablement implantées, les seules possibilités de poser un nid restent les cultures à paille, peu protégées des intempéries et autant de pièges chimiques par la suite ou de prédation par concentration d'animaux.
  3. début de l'été, c'est la période des éclosions pour les poules qui ont survécu à la prédation hivernale, aux conditions climatiques éventuellement défavorables, aux activités agricoles, notamment la fauche des prés souvent de plus en plus précoce. Si les couverts leur sont alors plus favorables pour se protéger de la prédation aérienne et terrestre, le souci majeur est l'absence presque totale des petits insectes si importants pour les poussins dans les premiers quinze jours de leur vie. Aujourd'hui, on fait des comptages en tous genres. Personne ne fait cependant l'IKA (indice kilométrique d'abondance) des insectes. Cette année j'ai prêté une attention toute particulière au monde de "micro-cosmos", au cours des sorties matinales de juin. "Le peuple de l'herbe" se fait très rare. Totalement détruit, c'est la mort par la faim assurée, suivi du fameux recoquetage, si la poule ne se retrouve pas par malheur avec un seul petit. Une nouvelle fois, ce sont les cultures à paille qui vont le plus souvent abriter une seconde ponte, faute de zones propices "incultes". Hélas, ces dernières sont aussi le plus souvent fauchées avant l'éclosion, le soleil d'été ayant fait son travail naturel de mûrissement des épis. Pas étonnant dès lors, de ne pas voir comme dans le temps, des faisandeaux ou des compagnies de perdrix se nourrir le matin sur les chaumes de la part des anges laissées par la moissonneuse, hélas elle aussi de moins en moins généreuse.
  4. arrive la période de chasse avec deux alternatives : s'acharner sur les derniers survivants concentrés dans les maïs sur pied ou les inter cultures, avec éventuellement un lâcher de gibier de substitution ou lever le fusil une fois de plus. Si vous êtes seul, c'est possible, si vous avez des partenaires, la "raison" a moins de chances de l'emporter, avant que ne revienne le cycle fatidique avec l'hiver.

Année après année, l'espérance de vie du petit gibier ne peut donc que diminuer inexorablement, faute de couverts suffisants, non exploités par l'homme et d'absence d'effets lisières, de par notre modèle agricole. Le cycle fatal est en phase terminale chez nous alors que d'autres départements redressent la barre. Ce qui a fait notre fierté, notre exemplarité, notre renommée va bientôt totalement tenir du passé.

La trame verte ou bleue est juste une invention compensatrice pour bercer le "bobo" dans l'illusion d'une biodiversité reconstituable. Sauf à lâcher discrètement du hamster dans tout le département et ainsi faire obtenir à l' agriculteur la prime de 500€ par champ aménagé, je ne vois pas ce qui pourrait inverser la tendance. "Jachère environnement et faune sauvage, cultures à gibier, céréales sur pied, inter cultures, opérations haies" sont des simples Ersatz qui donnent à croire que des "choses" se font.

Elles peuvent avoir un sens dans un projet préalable global de grande envergure de sauvegarde de la petite faune par la chasse, établi avec tous les acteurs de l'aménagement et de l'exploitation du territoire. A défaut toutes ces aides sont plutôt défavorables aux dernières souches, car elles sont toutes là pour offrir un couvert végétal en saison de chasse, soit constituer plutôt un piège à gibier.

L'avenir de notre terre ne peut se faire qu'avec ce qui nous entoure. L'homme et son dieu l'argent l'oublie hélas de plus en plus, malgré les signaux d'alerte qu'il reçoit au quotidien et les messages visionnaires ou de vérité laissés par de grands anciens, déjà cités dans des articles,

« Lorsque la dernière goutte sera polluée, le dernier animal chassé et le dernier arbre coupé, l’homme blanc comprendra que l’argent ne se mange pas... »

Actuellement, des calicots fleurissent un peu partout en bordures de nos routes avec un slogan des Jeunes Agriculteurs "la terre, notre métier, un enjeu pour tous". Pas sûr cependant que "l'enjeu" avancé par les J.A. corresponde à celui du chasseur "environnementaliste", car la nouvelle génération d'agriculteurs a, à sa décharge, tout simplement grandi avec l'image d'un désert cynégétique et non celle connue par leurs parents et grands parents, (cf vidéo jointe). Difficile dans ces conditions, sans culture chasse ou faune sauvage de parvenir à convaincre un des grands acteurs parmi ceux qui font effectivement l'avenir de notre terre, mais sous quelle forme et pour combien de générations encore ?

"Dis toujours ce que tu ressens et fais ce que tu penses"
Gabriel Garcia Marquez

Rien sur le petit gibier, sans doute parce que la chasse est un mauvais vecteur de communication politique

Tag(s) : #Aménagement du territoire et petit gibier, #Billet d'humeur

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