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Alors que l'affaire Pilarski provoque des remous, notamment avec la mise en circulation d'une pétition pour sauver Curtis d'une vraisemblable euthanasie à l'issue du verdict à prononcer en juin prochain, montrant au passage que "parler chien" est une science et non un sujet de comptoir de bistrot ou une lubie idéologique d'animalistes, la suite de mon Abécédaire intitulé "Savoir pour mieux se comprendre". Dans le cadre de l'affaire Pilarski, la lettre D est particulièrement intéressante, parlant de désobéissance, de dominance, de double contrainte, de dressage :
D
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Déménagement
le chien peut-être perturbé par des préparatifs de départ en voyage ou un déménagement, parce que tout son espace de vie et de déplacement est perturbé. Il développe alors une angoisse, ne sachant plus où se poser.
Il est dès lors judicieux de lui enlever le "nid" en tout dernier. (Voir aussi sous Gestalt).
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Denture
c'est la répartition des dents sur la mâchoire. A ne pas confondre avec la dentition, phénomène d'éruption des dents aux différents âges. Ainsi, lorsque le chiot perd ses dents de lait à partir du cinquième mois, il est prudent, notamment avec les chiens de chasse, d’éviter de lui faire prendre des objets durs, lorsqu’on joue avec lui. Il risquerait de montrer une aversion pour le rapport ultérieurement.
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Départ de la fratrie
Juridiquement, il est autorisé à quitter la fratrie à partir de la huitième semaine. D'après le cycle de développement de l'animal, la semaine de séparation se situe cependant idéale- ment à la 7ème semaine. Il faut en effet savoir que dans les étapes du développement, la phase d’attraction sociale s'intensifie à partir de la naissance et décline à la 7ème semaine, où la peur va augmenter en puissance au détriment du comportement exploratoire. Dans la septième semaine, l'intégration dans un nouveau milieu est donc rendue plus facile pour le chiot, car il reste encore intrépide. Cette approche vaut aussi lorsqu’il s’agit de faire cohabiter le chiot avec un autre animal domestique (chat, lapin etc…)
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Dépressif
ne peut s’appliquer au chien. Il faut un psychisme humain que le chien n’a pas.
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Désobéissance
trop souvent, le propriétaire du chien dicte les conduites à tenir de son animal pour des tas de raisons, notamment par peur de perdre la soi-disante « position hiérarchique dominante ». Diriger son chien, ne veut pas dire pour autant le rendre esclave, docile. Des tas d’injonctions sont souvent données en promenade au chien en réaction à nos désirs, nos codes sociaux, nos habitudes et pas du tout en fonction de la situation vécue par le chien. Comme il répond plus facilement aux ordres qui présentent un intérêt pour lui, les actes de désobéissance sont donc fréquents, avec tous les risques de nuire à la relation.
Avoir de l'influence sur son chien et donc une chance d'être obéi par lui, alors que tout son être le pousse à faire le contraire, s'obtient par le ton employé et évidemment pas par le raisonnement, l'affect. N'ayant la capacité de se projeter dans l'avenir, ni de faire une analyse de situation et réagir positivement pour éviter une punition, il ne répondra que s'il a entendu et compris ce que vous attendez de lui. La nature de l'ordre seul ne suffit pas. Le ton de la réprimande doit donc forcément être différent du ton du commandement.
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Destruction
l'acharnement sur des objets vient souvent de l'angoisse ou de l'ennui. Nos objets domestiques, nos affaires personnelles nous symbolisent. Le chien s’en empare donc pour compenser notre absence physique par exemple.On peut penser que si l'objet attaqué ou détruit est de consistance dure, comme par exemple, un pied de table, il s'agit plutôt d'angoisse. Si l'objet est mou, comme un coussin, il s'agit d'un passe temps ludique pour le chien, tout comme la destruction de ses propres jouets reste un jeu. (Voir aussi sous pensée).
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Détection de maladies
déceler précocement une maladie permet souvent de la guérir rapidement. Sont à prendre en considération comme symptômes d'un dysfonctionnement :
la prise de boisson et les urines fréquentes
les diarrhées
les vomissements (surtout avec traces de sangs)
les urines foncées ou difficiles
la truffe sèche
la température. La normale tourne autour de 38,5 (min. 37,5, max. 39, selon la situation).
la chute de l’appétit et l’amaigrissement
l’apathie, la tristesse, l’isolement, la non envie de jouer.
(Voir aussi sous douleur).
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Directions
le chien se fie en priorité à l’orientation de notre tête et du corps pour comprendre ce que nous attendons de lui, dans l’indication de directions à prendre. Le bras tendu, le doigt pointé vers l’avant ne présentent pas un signal compréhensible pour le jeune chien. Pour preuve, il fixe son regard sur le doigt et reste sur place à attendre un geste qu’il peut interpréter. Donc pour lui indiquer une direction à prendre, il est préférable de tourner le corps (tête et épaules) vers l'endroit ciblé.
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Discordant
s'il y a contradiction entre le contenu et la relation, la communication est discordante, donc inefficace, pire, incompréhensible pour le chien.
(Voir aussi sous mode de communication et sous congruent).
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Distances critiques
comme l'homme, le chien délimite une zone personnelle autour de son corps. Au-delà de cette zone commence une zone d'évitement, dans laquelle chaque chien intègre sa distance critique selon son degré de socialisation, l'intensité de la peur, la situation dans laquelle il est placé. Un chien reste donc toujours imprévisible.
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Un inconnu du chien a donc toujours intérêt d'éviter de se rapprocher, pour laisser au chien le temps de le reconnaître. Faut donc autant que possible rester immobile, sans parler ni bouger les mains et surtout éviter de regarder le chien. Si on sent l’agression, car on est trop dans sa zone critique, il est temps de reculer doucement.
(Voir aussi sous renifler).
Pour ce qui concerne plus particulièrement la zone personnelle, le chien a quatre possibilités pour rétablir la distance critique :
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la fuite
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la menace
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l'agression
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l'immobilisation
Il est dès lors aisé de comprendre pourquoi un chien de petite taille a tendance à développer plus d'agressivité, car tout simplement plus souvent agressé dans sa zone personnelle. Comme on va plus facilement vers un bichon que vers un doberman, il finit par développer un système "agressif" de protection par aboiement et faciès aux babines retroussées.
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Dominance voir aussi page 6
elle n’est pas de naissance mais se développe à partir de relations duales. Un chien impose sa dominance à l’homme à partir du moment où il a acquis quelque chose qu’il ne veut plus qu’on lui reprenne. Beaucoup de morsures d’enfants s’expliquent par cette règle de base. Lorsque le bébé devenu grand, veut un jour s’imposer au chien ou jouer au dompteur, ce dernier peut réagir car il lui est impossible d’accepter une redistribution des positions acquises. En meute, les relations sont établies à partir d’interactions. Celui qui s’impose le plus souvent dans ses relations duales devient « alpha » dans un groupe de chiens libres. Pour autant la dominance n’est pas une despotise.
La position en hauteur du chien familier par rapport à l'homme (fauteuil) n'induit donc pas l'émission d'un signal de dominance.
La dominance de l'homme sur le chien se voit aux réponses qu'il obtient sans la pression de l'autorité.
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Double appartenance
la double empreinte dont bénéficie en général le chiot à sa naissance place le chien dans une double appartenance. Mais avant tout il naît et reste chien, bien que vivant chez les humains. L’attirance vers ses congénères reste donc intacte. S’il manifeste autant d’excitation à la vue de sa laisse, c’est bien parce qu’il va (enfin) pouvoir aller aux nouvelles canines du quartier. S’il tire avec autant d’insistance, quitte à s’étrangler, au cours de sa sortie, c’est qu’il a toute une « check liste » d’odeurs à contrôler et d’empreintes à laisser. Alors le temps presse, le langage des odeurs supplée le langage des hommes. Ne nous déplaise.
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Double contrainte
aussi appelée double lien, injonction paradoxale.
Pour le chien, on rencontre la notion de double contrainte, à chaque fois que la façon de lui donner une interaction contient la négation de ce qu’on lui demande.
Il se trouve ainsi dans une situation de pression, à laquelle il ne peut donner suite. Il est alors gagné par un état anxieux avec toutes les formes de réponse possible, comme la fuite, l’agression, l’immobilisation, l’activité de substitution.
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A titre d’exemples, citons quelques types de situations :
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Le chien-roi dans le système familial, reçoit un ordre de soumission d'un membre de la famille ou d'un enfant non pubère.
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Le chien avec un syndrome de privation mis dans une situation inconnue de lui, ou dans un environnement avec une situation ingérable
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Le chien élevé uniquement au biberon hors de la fratrie, et replacé avec des congénères
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Le chien-roi soumis au rappel
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Le chien rappelé avec menace de sanctions.
Pour autant, il est important de souligner, qu’un chien dans un état anxieux, ou une situation anxiogène n’est pas forcément un sociopathe. Simplement, la double contrainte le place dans une situation, où il y a discordance entre ce qu’il voit et ce qu’il « devrait « faire par l’ordre reçu (colère menaçante du conducteur et demande de rappel par exemple). La double contrainte n’est donc pas qu’une simple injonction contradictoire, mais peut aussi devenir un véritable paradoxe :
Il ne peut obéir au signal perçu qu’en lui désobéissant, et il lui désobéit en lui obéissant…
Sur le plan du comportement, le chien aura à choisir entre les solutions possibles ou imposées : revenir avec comportement de peur, approche-évitement, évite- ment-arrêt à distance, action redirigée, voire agression.
La gamme est large et va de l’indécision par peur d’un choix erroné à l’inanition pour éviter la punition.
Pavlov est allé très loin dans l’étude du comportement du chien confronté à la double contrainte. Il a ainsi montré que poussée à l’extrême, elle mène le chien à la névrose en le plongeant dans un état stuporeux ou de violence hargneuse, suite à une angoisse aiguë.
Pavlov commence par entraîner un chien à faire une discrimination entre un cercle et une ellipse. Par la suite, il le rend incapable de faire cette discrimination en élargissant progressivement l’ellipse jusqu’à ce qu’elle ressemble de plus en plus à un cercle. Or la nourriture, il ne la perçoit que dans le cadre de la reconnaissance de l’ellipse.
Le chien se trouve ainsi plongé dans un monde où il dépend pour sa survie de sa soumission à une loi qui se viole elle-même.
Pour conclure, on peut dire qu’un système en danger homme/chien familier peut être fait :
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de discordances, soit un manque d’accords dus au fait de messages non fiables pour le chien. (cf la communication)
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de divergences, soit des opinions différentes entre les membres de la famille
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de dissensions, soit de critiques, de désaccords qui mènent à l’éclatement du système familial.
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Douleur
la douleur chez le chien ne s’exprime pas essentiellement par des gémissements, mais par des symptômes. Lorsqu’il va jusqu’à se cacher dans un coin reculé, c’est qu’il souffre fortement.
(Voir aussi sous détection de maladies)
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Dressage
il est souvent donné comme la panacée en cas de difficultés relationnelles, d’incommunicabilité, voire en cas de pathologie. Une telle approche est cependant réductrice, dans la mesure où le dressage flirte souvent entre deux notions distinctes, la communication et l’autorité. Il suffit de voir le nombre de définitions qu’il est possible de donner à la notion de dressage pour se rendre compte combien le travail relationnel avec le chien familier est lié à la personnalité du conducteur. Ainsi, le dressage cache-t-il toujours une attente, un besoin, un objectif comme par exemple :
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avoir un contrôle sur son chien,
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connaître le fonctionnement biologique et éthologique du chien,
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mettre en place des situations compréhensibles pour l’animal,
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soumettre à l’autorité,
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contre conditionner, c’est-à-dire faire perdre sa valeur de signal à un rituel,
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proposer des situations attractives pour le chien, car ce qui est contraignant pour lui, finit par le lasser,
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pouvoir faire preuve de sévérité,
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conditionner en vue d’obtenir une réponse ou un complexe de réponses définies et qui correspondent à l’attente voulue,
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instaurer une autorité qui permette d’obtenir un maximum de résultats, avec un minimum de moyens.
Est-ce pour cacher ces visions divergentes des unes et des autres, que le marché du chien, sous son approche marketing, préfère plutôt parler d’éducation canine, tout en sachant que ce terme est parfaitement impropre? Dresser contient une connotation autoritaire qui peut faire peur à tous ceux qui voient le chien familier par l'affect, et c’est surtout conditionner, soit faire penser à Pavlov et ses expériences.
En tout cas, on voit dans cette approche du rôle du dressage dans la relation homme/chien, toute l’importance encore une fois à accorder à la place du chien auprès de l’homme. En fonction de la position, l’un optera pour une communication en situation autoritaire, l’autre cherchera plutôt une situation fondée sur la connivence et le troisième favorisera la non contrainte. (Voir aussi sous apprentissages et réponse).
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