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La Fédération des Chasseurs du Bas-Rhin m'a récemment sollicité pour porter mon regard, en toute liberté et selon mon humeur, sur le monde de la chasse, tout comme je le fais depuis des années sur ce blog. Ci-après, le premier article paru ce jour dans le journal de liaison Infos Chasse 67, bien connu des porteurs de permis du 67 :

 

"Prédire l'avenir, possible ou pas, en voilà une question qui a de tout temps préoccupé l'homme, qu'il soit modeste ou haut dignitaire, riche ou pauvre, gouvernant ou gouverné. Sauf à y croire, rien n'est écrit d'avance et c'est sans doute tant mieux de ne pas savoir de quoi sera fait l'avenir, pour une raison toute simple, ne pas connaître, permet de vivre.

Pour autant, ne pas pouvoir savoir si le lendemain sera "chantant ou pas", n'empêche  de s’interroger, de chercher ce qui pourra bien se passer, arriver. La chasse est dans ce sens un "bon client", tant son lendemain est rempli d'incertitudes depuis que les "mouches changent d’âne", sous la pression du Vert, vent debout contre le Rouge fluo, de l'animalisme et du welfairisme tout aussi remonté et opportuniste, de la guerre froide forestiers/chasseurs, avec encore au-dessus de la mêlée, une Administration chef d'orchestre, omniprésente à la moindre occasion.

Dans ce sens les augures dessinent pour l'avenir de la chasse, telle que nous l'aimons et la voyons, un avenir plutôt funeste et sombre. Il suffit de regarder les grands sujets qui préoccupent les uns et les autres pour se dire que Nostradamus risque d'envoyer des prophéties lourdes, dans les mois à venir, guère en faveur du noble déduit.

Gestion du gibier.

Toutes les interventions, des Autorités au monde agricole et forestier, tirent dans le même sens depuis maintenant quelques années, la vie du gibier est suspendue dorénavant à la lorgnette des dégâts que chaque espèce chassable peut produire. Le sanglier n'est plus géré, il est à détruire à l'exception de quinze jours par an, de jour comme de nuit, avec tous les moyens offerts par la technologie moderne en terme de tir de nuit, avec des injonctions par lettres recommandées entraînant des classements en zones rouges ou noires. Détenir un territoire "riche en sangliers" n'est plus un atout, mais plutôt une source de désagréments et de soucis financiers, pour peu que sa chasse soit mixte, avec bois agrainables et cultures ou prés ou adossée en contigu ou pas à un massif forestier en densité forte ou équilibrée en suidés. Sortir à l'affût est pour ces patrons de chasses non plus un plaisir, mais plutôt une source de stress permanent, exigeant organisation, dévouement et contraintes, sans garanties en plus de sortir indemne d'une grosse facture à payer en contributions complémentaires.

Cervidés et chevreuils ne sont pas encore classés à ce jour en ESOD, mais leurs boutis sont suivis à la loupe et les plans de chasse sentent bon la destruction. Que leurs cadres de vie correspondent de moins en moins à leurs besoins de nourriture, de quiétude et de reproduction n'est plus un argument reconnu, l'heure est au rendement forestier comme l'est le champs pour l'agriculteur. Ce n'est pas faute de prédiction, le discours d'Urmatt de mai 2009 du Président Sarkozy sur la nécessaire valorisation de la filière bois avait donné la feuille de route : forêt sans gibier.

En plaine, s'il existe des ouvertures, pour certains des espoirs vers une reconquête des territoires par le petit gibier, notamment le faisan et le lièvre, une prédiction risque de s'imposer au chasseur, l'obligation de se tourner vers la régulation des corbeaux ou des cormorans et autres ragondins pour assurer la paix sociale des uns et des autres. Au pire, si les espoirs de retour de la petite faune sont déçus, il restera toujours le ball trap et le Cynétir pour garder forme et swing.

Chasse de nuit

Il est loin où l'autorisation du tir de nuit du sanglier faisait bondir bon nombre de chasseurs, sous couvert d'éthique. D'arrêtés en arrêtés préfectoraux, la technologie de la visée nocturne s'est imposée, en dernier avec les lunettes thermiques qui permettent dorénavant d'y voir comme en plein jour et au loin. Les outils naguère réservés aux braconniers et aux Lieutenants de louveterie équipent dorénavant de nombreux chasseurs pour le plus grand bonheur des équipementiers et des armuriers. A ce rythme, avec l'évolution sociétale vers la civilisation du temps libre, voire de l'inactivité, engendrant la perte de quiétude  de jour pour la faune des champs et des forêts et le regard destructeur porté sur le grand gibier en terme de vecteur de dégâts agricoles et forestiers, le tir de nuit risque bien de devenir la future pratique usuelle de la chasse, à côté des battues. Le Préfet du Haut-Rhin avait déjà l'an dernier franchi la ligne rouge, au nom de cet équilibre agro-sylvo-cynégétique mettant de nuit daims et cerfs sur la liste de son bras armé après la fermeture générale de la chasse. Comme il est dit "c'est petit à petit que l'oiseau fait son nid"

Valeur cynégétique des lots.

La conséquence logique des vents contraires qui soufflent de plus en plus fortement sur la chasse devrait être à l'avenir des prix à l'hectare en chute libre. L'attribution au printemps des lots vacants de l'ONF ne va pourtant pas encore dans ce sens, à croire que les contraintes coulent sur le dos des calculettes dès lors que la fièvre de l'adjudication s'empare du chasseur.

Que vaut un territoire en manque de la quiétude nécessaire aux animaux sauvages, quel coût le chasseur est-il prêt à payer pour ne plus être qu'un auxiliaire de chasse, sans pouvoir de gestion, quel risque de responsabilité est-il encore prêt à prendre dans l'organisation des jours de chasse, que vaut l'abandon de son territoire à la pression humaine non stop ? Autant de questions auxquelles il faudra des réponses, en premier de la part des propriétaires fonciers et leurs représentants.

Alors, verre à moitié vide ou à moitié plein, à chacun de voir entre l'optimisme, le pessimisme, les faits et la réalité du terrain. Comme disait le Sâr Rabindranath Duval, alias Pierre Dac à Francis Blanche que je plagie dans sa divination à propos de Monsieur, "l'avenir du chasseur est devant lui, et il l'aura dans le dos chaque fois qu'il fera demi-tour".

Le Sar Rabindranaht Duval

 

 

 

Tag(s) : #Futur bail 2025-2034
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