/image%2F0574220%2F20260107%2Fob_4102b5_53597f52-11.jpg)
L'actualité cynégétique, du moins de ceux qui la commentent tournent en boucle principalement autour de cinq thématiques, les dégâts de sangliers, le loup, les accidents, le braconnage, les postures des opposants. Si dans cette liste, des commentaires me paraissent faire fausse route plus que jamais, ce sont bien ceux sur le sanglier et le dérapage des dégâts un peu partout dans le pays. J'ai déjà pris position sur le sujet récemment arguant que c'est à la chasse de se prendre en main. Il est temps d'arrêter de se cacher en permanence derrière des excuses qui vont des années à fortes glandées et maintenant au manque de chasseurs. Cela fait a minima plus de vingt ans que le sanglier et la montée en puissance des dégâts nous pourrissent la vie, faute d'avoir continué à privilégier la manne financière et quantitative offerte par la facilité de prolifération du suidé. Si on prend le dernier département pris de face dans la nasse de la facture des dégâts, la Meuse, donnée à 4 millions d'euros, tant que de belles battues géraient les saisons, on n'en entendait pas parler. Maintenant que la réalité tape le portefeuille, il n'y a plus assez de chasseurs et la battue est vue comme une charge... Bref, les fausses barbes sont de sortie, il faut arrêter de pleurer auprès de l'Etat qu'on veut Providence d'un côté et qu'on critique de l'autre pour son interventionnisme.
Tant qu'en France de l'intérieur on continue à ouvrir la chasse au sanglier le 1er août pour la fermer au 28 février et à parer au plus pressé le reste du temps par des clôtures qui sans surveillance permanente ne peuvent rendre le service attendu, la prévention, pourquoi voulez-vous inverser la courbe. Dans le Bas-Rhin, a été introduite il y a 20 ans la notion de "négligence, défaillance, désinvolture" pour aider à définir les secteurs responsables des grandes factures de dégâts causées par sus scrofa. Malgré tout, encore aujourd'hui, nous avons des lots qui ne tiennent compte du protocole d'avertissement et du risque de battues administratives, via des mises en demeures préfectorales à travers l'année et qui font de la résistance ou qui ne parviennent "à faire le job" tout au long de l'année comme attendu par l'Administration et le Fonds d'Indemnisation des Dégâts. Pourtant ils ont, comme les autres chasses, tous les outils mis à disposition, notamment le tir de nuit en zones cultivées. Alors pourquoi ailleurs où les dispositifs préventifs n'existent pas en dehors des clôtures arriverait-on à stopper les TGV noirs ?
Deuxième point, les cris d’orfraie sont poussés médiatiquement lorsque le mal est fait, lorsque le montant de la facture est calculé. C'est en amont, bien avant, soit durant la saison de risques qu'il convient d'agir, j’ajouterai intelligemment. Le mot d'ordre à donner par les uns et les autres n'est pas "tirez-tirez", mais "sortez-sortez". Facile à dire, compliqué à faire. Quels départements ou combien ont une culture de chasse intégrant l'affût, avec des équipements adaptés, des échelles, des miradors fermés ? On ne s'improvise "garde-champêtre", sur la base d'un arrêté préfectoral. L'ONF veut apprendre aux chasseurs à chasser et à mieux traquer en battues sur le modèle allemand. Il y a plus urgent et efficace, apprendre la chasse d'affût "perchée", sécuriser le tir de nuit, grâce aux équipements de la Tech. L'accident de Rennes a montré que sans réelle expérience de l'affût au préalable, sans équipement moderne, sans organisation interne, le tir de nuit peut être mortel. C'est ce risque que les Préfets ne veulent prendre, craignant de "lâcher des chasseurs", avec le profil du sketch des Nuls. Parcourir des kms en voiture, soit la chasse au phare, 'est une technique à part, réservée aux seuls Lieutenants de Louveterie pour le renard et le sanglier. Le tir de nuit "perché", individuel demande autre chose, à commencer par l'abnégation, soit le "sacrifice de soi, pour le bénéfice des autres". Mais en retour, éviter les dégâts sur sa chasse, c'est d'abord sauver la paix sociale, c'est réduire la facture commune, c'est éviter les battues destructives des préfets, c'est en finir avec la mauvaise presse.
Troisième point d'achoppement, l'Alsace/Moselle fonctionne sur une architecture cynégétique particulière, sociétés civiles, associations, particulier en nom propre et non sur le système des ACCA ouvertes aux chasseurs de la commune et à des extérieurs, avec un prix des parts de chasse sans commune mesure avec celle de la cotisation du résident local. Forcément les capacités financières des uns et des autres sont fortes ou faibles. Alors, faudrait-il modifier le "système", soit en apparence attaquer la chasse populaire, argument que ne manquerait de sortir les rangs de la Gauche, mettre en cause ia chasse de proximité, soit celle qui dans son principe permet l'accès du plus grand nombre à la chasse à faible coût ? En apparence oui, sur le fond non. L'Alsace du temps de sa splendeur était critiquée pour son système de chasse confiscatoire par "les riches" comme on dit actuellement du côté des politiciens. Si "l'estranger" a toujours cours, les textes ont mis des freins, s'ils sont appliqués avec honnêteté, pour "protéger" le chasseur local. Aucun système n'est parfait, les deux ont leur place, maintenant si les ACCA veulent perdurer, il leur faudra mettre la main à la poche, comme nous ou modifier l'organisation technique de leur chasse, autrement dit sortir de la chasse-battue, unique outil de gestion du sanglier et aller sur l'outil de prévention par excellence, la chasse de nuit.
Personnellement, j'assume, avec comme unique argument : à défaut les ACCA sont mortes et ne chasseront plus. La France de l'intérieur et des ACCA ont choisi, en 1969 de mettre fin à la possibilité pour les agriculteurs de chasser librement le grand gibier pour protéger leurs cultures, remplaçant cette pratique par un système d'indemnisation des dégâts par les chasseurs. A l'époque c'était le jackpot pour le chasseur-agriculteur, non seulement il continuait à pouvoir chasser, mais il allait en plus toucher de l'argent si "ça tournait mal", alors qu'avant il lui fallait jouer le garde-champêttre. Aujourd'hui la donne a bien changé, la jeune génération d'agriculteurs chasse moins, faute en partie au déclin du petit gibier dont il est en partie cause prenante, les structures agricoles sont devenues des entreprises avec des crédits à payer, un sou est un sou, la rurbanisation des communes bat son plein avec une dominance de plus en plus affirmée d'anti-chasse que de chasseurs. Dans cette configuration, rien d'étonnant que le sanglier domine les cultures et mettent à mal les portefeuilles: risque de mettre en faillite certaines Fédérations de chasseurs.
Alors, une petite musique monte dans le milieu agricole, le Yakafokon, soit le retour au droit d'affût, soit une reprise en main de ses cultures, pour cause de "négligence, défaillance, désinvolture" , à tel point que les cadavres de sangliers sont de plus en plus présents dans les manifestations agricoles contre le gouvernement, comme un symbole de la lutte. Il est tellement facile d'affirmer sur un slogan une hostilité, une détermination, autre chose est de savoir ce qu'une telle reprise en main provoquerait, logiquement plus d'indemnisation, un travail supplémentaire, des frais d'équipements pour quel résultat ? Sans doute un joyeux bordel.
La chasse est tombée dans une sacré impasse, sus scrofa est en passe de faire perdre la raison de tous les acteurs, du chasseur aux décideurs en passant par les Yakafokon. Le sanglier fait exploser des Fédérations, dernière en date la Meuse, sa mise à l'index rend fou les animalistes, prêts à exploiter toute opportunité de ce qu'ils appellent la tuerie de sangliers, à la mort d'un chasseur.
A l'image du keiler dessiné par l'I.A. je pleure.
/image%2F0574220%2F201305%2Fob_e7c41e7deed7d05cfe5d6b8a5936c606_portrait-2.jpg)